
J.X. Williams demeure encore, à ce jour, l'une des plus grandes énigmes du cinéma underground américain. On ignore beaucoup de choses quant à ses origines, jusqu'à son nom véritable et sa date de naissance. L'homme est né au début des années 1930. Quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il commence à bosser dans l'industrie du cinéma, mais son affiliation au Parti Communiste lui vaut rapidement d'être fiché dans la fameuse « liste noire ». Victime du maccarthisme, Williams se rapproche de la mafia de Los Angeles. Ses amitiés avec la pègre l'entraînent à réaliser bon nombre de loops et films pornographiques durant les années 1960, aujourd'hui détruits ou perdus. Parallèlement, il fait le « nègre » en écrivant des scripts pour Hollywood. Mais sa dépendance au jeu et à l'alcool le conduisent à contracter d'énormes dettes. Williams se met à dos certains membres de la mafia, et il est obligé de s'exiler en Europe. Là-bas, il va pouvoir poursuivre une carrière de réalisateur d'av

ant-garde, mêlant l'exploitation et l'expérimental, que ce soit à travers des courts ou des longs métrages.
Aujourd'hui, en 2010, J.X. Williams est toujours vivant, planqué quelque part en Suisse. L'acharnement de fans irréductibles ont permis peu à peu de découvrir une partie du travail de Williams, qui apparaît comme foncièrement novateur, autant que déroutant et dérangeant. Une œuvre si riche qu'elle aura marqué les esprits de cinéastes majeurs comme Martin Scorsese ou John Waters. Les films de J.X. Williams ne ressemblent à rien que le spectateur ait pu voir ailleurs. Il s'agit d'expériences uniques, et la vision de PEEP SHOW en est la preuve.
Moyen métrage en noir et blanc d'environ trois-quarts d'heure, PEEP SHOW est le résultat d'un assemblage impressionnant de chutes de films, où Williams s'amuse à descendre en flèche une Amérique amorçant le virage des années 1960, entre la fin du second mandat d'Eisenhower et le règne éphémère de John Fitzgerald Kennedy. Il s'agit d'une féroc

e critique politico-sociale d'une certaine Amérique, celle de la corruption et de la manipulation, et d'un montage astucieux abordant d'une manière incroyablement réaliste l'univers mafieux.
Hermétique au premier abord, PEEP SHOW plonge peu à peu le spectateur dans les méandres du polar noir des années 1950, dans une ambiance proche des écrits d'un James Ellroy. Le fil rouge de l'histoire narre les confessions d'un homme mystérieux, armé, montant dans un taxi, dans un coin de Chicago en 1961. Il va demander au chauffeur, contre une belle liasse de billets, de rouler où bon lui semble au beau milieu de la nuit, tout en écoutant son histoire. Dans une série de flashbacks, l'homme au visage dissimulé passe en revue les activités diverses de la mafia, et ses connections avec des personnalités très influentes dans le monde de la politique, telles J.F. Kennedy et John Edgar Hoover (directeur du FBI), et du show-business, comme Frank Sinatra. Concernant ce dernier, on apprend par la suite que la maf

ia aurait tenté de contrôler l'artiste en le rendant dépendant à l'héroïne, afin d'en faire une taupe à la Maison Blanche, où Sinatra avait ses entrées. PEEP SHOW évoque aussi l'alliance entre la mafia et le FBI afin d'éliminer Fidel Castro, avec le soutien de JFK, aboutissant finalement à l'échec cuisant de la baie des Cochons.
PEEP SHOW fait parfois froid dans le dos, même si l'on sait que le film de Williams n'est qu'un montage, dans lequel on reconnaît quelques films mettant notamment en vedette Sinatra. Le ton n'en est pas moins réaliste, jusqu'aux cinq dernières minutes, où le réalisateur désamorce en quelque sorte sa « bombe » en basculant dans la parodie des films de conspiration. Ceci étant, dans sa description du crime organisé, on comprend que l'auteur a anticipé sur les futures œuvres de cinéastes comme Francis Ford Coppola, Oliver Stone, Martin Scorsese ou encore Brian De Palma. PEEP SHOW apparaît comme un film novateur, parfaitement subversif, parfois pornographique (on y voit quelques plans de fellations et de pénétrations), où l'auteur parvient à cacher son jeu. Car, finalement, à l'instar des personnages qu'il décrit, Williams est lui aussi un as de la manipulation.
Accompagnant PEEP SHOW, trois courts métrages, respectivement PSYCH-BURN, FRAGMENT 306 et THE 400 BLOW JOBS, entraînent le spectateur dans un trip hallucinatoire constitué d'un clip subliminal (où le sexe côtoie la mort), d'un délire pseudo-mystique et d'un hommage pornographique au cinéma muet, s'achevant par un clin d'œil à Méliès. Alors, certes, on aurait tort de crier au génie, systématiquement, à la moindre vision de l'un des courts métrages de Williams. Certaines de ces œuvres sont en effet plus racoleuses que véritablement « essentielles ». Néanmoins, le personnage de J.X. Williams n'en est pas moins fascinant, et il nous tarde que les « archéologues » s'intéressant à ses travaux soient en mesure de déterrer quelques uns des autres trésors d'un cinéaste pour le moins atypique.
Philippe Chouvel 30/09/2010 |
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