Philosophy of a knife


ORIGINE
Russie
Philosophy of a knife Affiche

ANNEE
2008
REALISATION

Andrey Iskanov

INTERPRETES
Yumiko Fujiwara
Svyatoslav Iliyasov
Andrey Iskanov
Masaki Kitagava
Tatyana Kopeykina
Vladimir Kucherenko
Veronika Leonova
Victor Ludchenko
Critique Philosophy of a knife
{Photo 1 de Philosophy of a knife} PHILOSOPHY OF A KNIFE recrée un pan des plus sombres de l'histoire contemporaine : les expériences menées sur cobayes humains par l'armée japonaise dans le camp 731 en Chine entre 1937 (début de la guerre de Mandchourie) et 1945. Conscient de son infériorité numérique par rapport à ses ennemis d'alors, le Japon décide de mettre pleinement la recherche scientifique au service de l'effort de guerre. L'unité 731 est donc construite pour y tester sur des prisonniers tout l'arsenal alors en développement de l'horreur humaine : infections bactériologiques, chimiques, radiations, résistances aux températures extrêmes, « analyse » de la douleur...

Ce sinistre lieu avait déjà inspiré en 1988 un des plus célèbres « catégorie III » de Hong-Kong, le justement nommé CAMP 731 de Tun Fei Mou. C'est en effet au début des années{Photo 2 de Philosophy of a knife} 80 que sont devenues disponibles tant les archives de l'armée américaine, laquelle a « récupéré » après guerre le général Ishii, en charge du camp, que celles des russes qui par le procès de Khabarovsk ont jugé ceux des tortionnaires qu'ils ont pu capturer.

Vingt ans après CAMP 731, c'est de Russie que nous vient cette nouvelle lecture des événements. Andrey Iskanov (NAILS, VISIONS OF SUFFERING) livre avec PHILOSOPHY OF A KNIFE un film sincère et qui n'entend rien éluder des horreurs du passé.

On y voit donc une re-création de diverses expériences, tortures et mises à mort par l'équipe « médicale » japonaise sur ses prisonniers. L'ensemble est entrecoupé d'images d'archive nous permettant de suivre l'évolution du conflit sino-japonais et de la Seconde Guerre Mondiale. Enfin le témoignage d'Anatoly Protasov, un h{Photo 3 de Philosophy of a knife} abitant russophone voisin du camp vient soutenir le document et se révèle d'autant plus intéressant que le sieur Prostasov a servi comme interprète lors du procès de Khabarovsk. Une source de première main donc, qui a eu accès aux documents et aux protagonistes de ces événements.

Cependant, le résultat sur écran de l'ensemble se révèle malheureusement affreusement lourd. PHILOSOPHY OF A KNIFE est plombé par une série de défauts qui en rendent la vision pénible.

Le jeu d'acteur est pour le moins limité : la plupart des intervenants n'affichent aucune émotion et ne font rien ressortir de leur prestation. Qu'il s'agisse d'une limite des acteurs, d'un manque de direction ou plus probablement d'un choix assumé d'Iskanov, on ne peut que déplorer une désincarnation qui nous distancie de l'horreur. Finalement victimes{Photo 4 de Philosophy of a knife} ou bourreaux, peu nous chaux de ce qu'il advient de ces poupées de cire qui ne se départissent jamais de leurs regards éteints.

Ensuite, le choix du noir et blanc, peut-être pour l'intégration plus fluide des images d'archives, ne se révèle guère plus judicieux car il introduit à nouveau une distanciation qui nous fait contempler quelque chose de résolument extérieur.

Enfin, la structure en boucle de la mise en scène, qui se contente de faire se succéder les séquences de tortures les unes à la suite des autres lasse d'autant plus vite qu'Iskanov n'a rien voulu couper et livre un film de 4h26 ! Oui, vous avez bien lu quatre heures vingt-six. Le jeu, le montage, et même la sonorisation renforcent l'impression de lenteur. Chaque scène est étirée à l'extrême, outrepassant allègrement la durée nécessaire à en exprimer la teneur.

Jeu figé, lenteur de la mise en scène, structure en boucle, longueur du propos : tous ces défauts nous ont fait penser à un métrage récent, absolument brillant et qui, lui, avait su les éviter tous : MARTYRS, le chef d'œuvre de Pascal Laugier qui parle aussi de tortures à des fins expérimentales. Et toujours pour l'opposer à PHILOSOPHY OF A KNIFE, on évoquera aussi le SALO de Pasolini : là, c'est le fond qui diffère puisque cette adaptation de Sade est allégoriquement reliée à une critique du fascisme, lequel ne torture même pas au nom d'une expérience mais pour la seule satisfaction des plaisirs pervers de ses tortionnaires.

En bref, on soulignera l'honnêteté, la sincérité et le « jusqu'au-boutisme » de la démarche de PHILOSOPHY OF A KNIFE, mais on restera plus circonspect quant au résultat.

Philippe Delvaux
22/12/2009
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Sueurs Froides.fr > Critique > Indie Eye
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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