Rendez-Vous avec Alda Teodorani : Appuntamenti Letali


Rendez-Vous avec Alda Teodorani : Appuntamenti Letali Affiche

Critique Rendez-Vous avec Alda Teodorani : Appunt
{Photo 1 de Rendez-Vous avec Alda Teodorani : Appuntamenti Letali} Dario Argento a dit de ses écrits qu'ils « ressemblaient à ses cauchemars les plus profonds ». On peut croire le Maestro. Depuis bientôt 20 ans, Alda Teodorani est incontestablement la reine de l'horreur littéraire en Italie. Oeuvrant souvent dans le psycho-thriller, Alda Teodorani a construit une oeuvre extrême, puissante et sans concession, remplie de tueurs aussi fous que pervers. Nouvelliste hors-pair, c'est cependant l' ultra violent Le Radici del Male qui a sans doute le plus marqué les esprits. Ce roman est un choc comparable à celui de American Psycho de Brett Easton Ellis, les longueurs en moins. Sans négliger l'atmosphère, Alda Teodorani va généralement droit au but, à la différence de nombreux spécialistes du thriller qui se perdent dans l'écriture de pavés sans fin. Ce choix, tout comme sa volonté d'expérimenter, d'aller au-delà de ce que la morale commune tolère, explique l'impact de ses écrits sur l'imagination du lecteur. Hélas, peut-être parce qu'elle a choisi de travailler principalement pour des éditeurs indépendants, Alda Teodorani a été excessivement peu traduite en France : un roman (dont la version française ne rend pas justice à son style élégant) et une nouvelle seulement. L'écrivain italienne est souvent au carrefour de l'horreur et du roman noir, elle aime utiliser les codes de la littérature de genre pour les marquer de son empreinte ou les briser. Ironiquement, elle se met souvent en scène dans ses écrits comme tueuse en série !

Alda Teodorani a toujours eu un lien fort avec le cinéma. Déjà, en tant que spectatrice passionnée (Incubi est parsemé de références au film d'horreur et Belve/Cruautés se déroule à Cinecittà !), ensuite en collaborant avec des cinéastes italiens comme Michel Soavi ou Tinto Brass, comme elle nous l'expliquera en interview. Cert{Photo 2 de Rendez-Vous avec Alda Teodorani : Appuntamenti Letali} ains, comme la spécialiste Stefanie Rubenis, ont aussi parlé d'écriture cinématographique à son propos. Il n'y a pas de hasard.

On imagine bien le désir de l'écrivain de voir un jour son oeuvre adaptée audiovisuellement. Il n'est donc pas étonnant qu'un projet comme APPUNTAMENTI LETALI ait vu le jour en 2006. Le concept est simple : Alda Teodorani a cédé les droits d'adaptation d'une quinzaine de nouvelles au site filmhorror.com (qui promeut la vidéo horrifique amateur) pour que de jeunes réalisateurs puissent développer des court-métrages à partir de ce matériau. Alda Teodorani reviendra elle-même sur la naissance du projet..

11 film ont été tourné. Seul SAMANTA 2 n'a pas pu être visionné pour l'élaboration de ce dossier.

FAME et FAME D'AMORE s'inspirent tous deux de la nouvelle Fame d'amore, qui donna lieu aussi à une B.D bien gore dans le magazine italien culte des années 90 Splatter. Le fumetto délirait ferme en présentant une naine de 18 ans à l'apparence de fillette qui tuait ceux qu'elle approchait de la façon la plus sanglante possible. Gore et naine sont absentes de la nouvelle initiale, qui porte en elle une tristesse, une mélancolie, que l'on ressent souvent chez Alda Teodorani. La B.D visait davantage au sensationnalisme, Splatter oblige.

Il est fascinant de voir combien un même concept (ici : celui, passionnant, de l'enfance meurtrie et meurtrière) peut être développé de plusieurs façons différentes. Là où FAME D'AMORE (qui, ce n'est pas un hasard, reprend le titre exact de la nouvelle originelle) suit de très près sa trame et ses idées, FAME en reprend juste la thématique pour en faire quelque chose de différent. Les deux conceptions se valent assurément. S'il est toujours agréable pour un fan de voir son auteur favori fidèlement adapté, il n'en pas moins t{Photo 3 de Rendez-Vous avec Alda Teodorani : Appuntamenti Letali} out aussi intéressant de voir un autre artiste s'y confronter pour obtenir une matière nouvelle, qu'il fait sienne.

C'est d'ailleurs l'idée même qui a présidé à la mise en chantier des APPUNTAMENTI LETALI et le voeu de Alda Teodorani.

Primé comme meilleur court-métrage à l'édition 2007 du festival Joe D'Amato, FAME, en une dizaine de minutes, plante un décor (une maison désertée, les lieux d'un massacre familial) exploré par deux flics plutôt angoissés. Une semaine que la maison n'a plus donné signe de vie... Que vont-ils y découvrir ? Le choix du tournage nocturne, dans la pénombre, est bon car propice à l'angoisse, même si l'image vidéo ne rend pas hommage à cette pénombre.

Le massacre est en quelque sorte relaté par la petite fille (seule survivante ?) tandis qu'elle joue à la poupée devant les policiers médusés. La comptine qu'elle chante évoque bien sûr les grandes heures du giallo. Le final aboutit au fantastique pur, à la différence de la nouvelle et de la B.D. La musique est belle, les acteurs concernés, tout est réuni pour faire passer un agréable moment.

FAME D'AMORE est plus long de 5 minutes et traite plus fidèlement la nouvelle, on l'a dit. Deux flics là-encore (dont un qui ne quitte pas ses lunettes de soleil, même pour jouer au mikado sur la scène du crime !) enquêtent sur l'empoisonnement d'une famille tandis qu'une gamine est recueillie par une jeune femme peut-être trop gentille...

La réalisation d'Adriano Razzi est intéressante par son usage des gros plans et inserts, avec une caméra très mobile, à l'épaule bien souvent. Pas mal aussi la scène où la mère de la fillette en dit du mal à une amie : seules les jambes sont cadrées, à hauteur du regard de l'enfant cachée dans une cave. Comme FAME qui prenait soin de ne pas montrer le massacre, FAME D'AMORE ell{Photo 4 de Rendez-Vous avec Alda Teodorani : Appuntamenti Letali} ipse un meurtre. C'est peut-être regrettable. La nouvelle cependant, aussi cruelle soit-elle, ne contient pas de gore. Cette orientation soft est celle de la plupart des réalisateurs des APPUNTAMENTI LETALI. IL VIRUS fait figure de remarquable exception.

FAME et FAME D'AMORE traitent d'un conflit familial qui dégénère, d'une enfant à qui on donnerait le bon Dieu sans confession, une gamine insoupçonnable. FAME D'AMORE évoque le sujet d'un enfant non désiré, mal aimé, qui tue ceux qui ne savent pas lui donner suffisamment d'amour. Ce second court-métrage aborde aussi la prostitution infantile. L'idée très forte était déjà dans la nouvelle. L'enfant est recueillie par une prostituée qui veut la montrer à son propriétaire, un type suant d'excitation. Celui-ci est clairement un client potentiel et la mère adoptive une future maquerelle... Ce qui entraînera sa mort.

Dans un monde infernal, il n'y a pas de raison pour que les enfants soient des anges...



PARASSITI IN BIANCO s'inspire quant à lui d'une nouvelle réaliste de Alda Teodorani, où elle décrit la façon pénible dont on l'a traitée à l'hôpital. Réaliste ? Pas tout à fait tant le thème du vampirisme y apparaît en filigrane. Très courte, la nouvelle est ici largement développée pour parvenir à presque 30 minutes de métrage. Inutile de préciser que les médecins et infirmières sont ici REELLEMENT des vampires dangereux. Plus encore que dans la nouvelle, Alda Teodorani (jouée avec beaucoup de conviction par Marta Bifano) est accueillie dans un hôpital étrange par un personnel qui l'est encore plus. Le décor est impeccable, on y croit. Bâtiment désert, matériel médical, ambulance, rien ne manque. Si

l'infirmière compose efficacement une silhouette inquiétante, le médecin en fait hélas beaucoup trop pour être crédible. Pour le comédien, au jeu caricatural voire ridicule, l'horreur est vraisembablement un genre à traiter en en faisant des tonnes. L'ironie plutôt que le respect, un choix qui a tué bien des films de genre. En fait , le jeu du médecin est le seul élément négatif du film. Hélas, vu l'importance de son rôle, reconnaissons que cela gâche un peu le plaisir.

Car plaisir il y a. Dès la première scène, à laquelle on ne comprend rien (et à la fin on ne comprendra pas grand chose de plus tant le film ressemble à un cauchemar éveillé), le ton est donné. Les réalisateurs ont clairement choisi la voie de l'horreur. Les cadrages et le montage sont soignés, d'une grande efficacité, avec des ralentis judicieux. La musique de Tsade a quelque chose de fascinant.

Le côté confus du scénario, constamment entre délire et réalité, peut irriter les esprits trop cartésiens. En fait, pour l'apprécier , il faut mettre sa rationalité de côté et se laisser porter par ses sentiments. Ce choix narratif est un peu comparable à celui de Dario Argento sur des films insensés comme SUSPIRIA et, surtout, INFERNO. Au fond, c'est une technique très italienne que l'on retrouve aussi dans l'agencement délirant des scènes gore qui parsèment FRAYEURS et L'AU-DELA de Lucio Fulci. Ou dans le roman Incubi de... Alda Teodorani !

PARASSITI IN BIANCO est bon dans l'ensemble mais l'on en retiendra surtout l'incroyable scène où médecin et infirmières trinquent avec du sang fraîchement prélevé sur un mourant.. Comme de juste, malgré les verres à pied, nos vampires boivent très salement - même si le film comporte peu de gore à proprement parler. Mais une femme traquée par des vampires une nuit durant, que demander de plus ?

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Patryck Ficini
22/12/2009
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Patryck Ficini
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