Rétribution

Sakebi


ORIGINE
Japon
Rétribution Affiche

ANNEE
2006
REALISATION

Kiyoshi Kurosawa

INTERPRETES
Kôji Yakusho
Manami Konishi
Tsuyoshi Ihara
Riona Hazuki
Jô Odagiri
Ryo Kase
Hiroyuki Hirayama
Kaoru Okunuki
Ikuji Nakamura
Hironobu Nomura
Critique Rétribution
{Photo 1 de Rétribution} L'inspecteur Yoshioka (joué par Kôji Yakusho, un habitué du réalisateur) a du mouron à se faire : on a retrouvé le corps d'une femme assassinée par noyade, mais les divers indices qu'il récolte mènent ... à lui-même.

Kiyoshi Kurosawa est un auteur qui tourne régulièrement en festival (par exemple au BIFFF, Festival du Film Fantastique de Bruxelles, où RÉTRIBUTION a été présenté en 2007), et même parfois en salle. Depuis CURE en 1997, la plupart de ses films sont sortis en France. RÉTRIBUTION fait partie d'une anthologie sur les fantômes, produite par Takashige Ichise et réunissant, outre Kurosawa, Hideo Nakata avec KAÏDAN et Takashi Shimizu pour REINCARNATION. Les trois films de la trilogie ont été montrés en salle à trois semaines d'écart en France en 2007.

Le cinéma de Kurosawa n'est pas des plus démonstratifs. Il se situe plutôt dans la mouvance des indépendants et joue plus du vide, des lenteurs et des non-dits. A ce titre, il est parfois moins facile d'accès que d'autres bandes d'horreu{Photo 2 de Rétribution} r plus graphiques. Kurosawa évacue les effets faciles et notamment les tonitruances sonores qui encombrent nombre de métrages des deux dernières décennies. Au contraire, ici ce sont souvent de longs plans silencieux qui dominent, mieux à même de renforcer le sentiment de vide et de solitude. Peu de cascades ou d'effets spéciaux même si on note une belle tentative de suicide par saut d'un toit et la chute finale du fantôme. Ce dernier est le plus souvent traité comme un vivant blafard et se confond donc avec eux.

On pense parfois au Shinya Tsukamoto, tant celui de NIGHTMARE DETECTIVE et son fantôme exprimant la culpabilité, que l'auteur des BULLET BALLET et TOKYO FIST pour la déréliction sociale, la ville comme vidée de ses habitants et l'isolement de l'homme contemporain. Tout lent qu'il soit, le cinéma de Kurosawa n'en reste pas moins intéressant et use du fantastique pour nous parler de nos sociétés. Ainsi, RETRIBUTION évoque la coupure du Japon de son propre passé : l'inspecteur a-t-il oubli{Photo 3 de Rétribution} é avoir tué une femme ? Kurosawa traite ce thème en situant l'intrigue dans un quartier de Tokyo qui semble coupé de toute vie, ponctué de HLM construits sur des terrains remblayés sur la mer. Ces terres n'ont donc pas de passé. Harue, la compagne de Yoshika, s'interroge d'ailleurs : « en face de nous se trouve un terrain vague. Que pouvait-il bien y avoir auparavant ? » Et Yoshika de répondre « Je ne sais plus ».

Les façades, les rues, les intérieurs, tout est morne et dévitalisé. Des architectures banales où l'on ne croise âme qui vive. Et ce choix du réalisateur trouve sa justification à la fin du film quand on comprend le statut de certains personnages. Un fantôme nous dit errer dans les limbes, mais celles-ci ne sont autres que le décor qui nous entoure. Il ajoute avoir été dépecé de sa mémoire et de ses souvenirs par la mort qui ne lui laisse que le désespoir. Encore ce passé disparu. Et c'est toujours un fantôme qui se plaindra de ce que le monde entier a oublié jusqu'à son existence, l{Photo 4 de Rétribution} 'empêchant ainsi de pardonner et de trouver la paix. L'enquête de Yoshika est donc bien celle de la mémoire tout autant que celle de la vérité. Le message de Kurosawa est donc d'appeler à construire notre société aussi sur ce que nous avons été. En effet, plus qu'en Europe, l'Asie et surtout le Japon contemporain ont parfois tendance à « brûler » leur passé sur l'autel du progrès technologique ou économique.

Par ailleurs, plus qu'en Europe également, le fantôme japonais est lié aux protagonistes qu'il hante. Il est l'expression de leurs fautes, de leurs peurs et de leurs culpabilités, ce qui se vérifie ici dans le passé de Yoshika et d'autres protagonistes, coupables à une époque de trop de passivité. Le personnage du psy est d'ailleurs là pour souligner le rôle du fantôme : « il est la voix de la vérité ». C'est donc en faisant son travail de mémoire que Yoshika pourra se réconcilier avec lui-même. A ce titre, on ne peut que penser à la traversée du Styx lorsque l'inspecteur prend un bateau pour traverser la baie à l'origine du mystère. De l'autre côté, il trouvera les réponses qu'il était venu chercher.

Le film prend le temps de développer son intrigue et ses thèmes et ne s'avance à les résoudre que dans la dernière partie, qui à ce moment multiplie les révélations : qui est la première victime, qui est Harue, qui est le fantôme ... ? En filigrane, on perçoit aussi une interrogation sur les difficultés de la société par rapport à ses structures familiales ou à ses relations sociales : petite amie, amant, compagne, relation père-fils. L'incompréhension le dispute à l'égoïsme ou l'indifférence. La société du XXIe siècle est composée de solitaires, de gens qui ne comprennent plus l'autre et ne lui prêtent plus une attention suffisante.

Parfois un peu lent, remplis de silences et de vides, RETRIBUTION ne se donne pas immédiatement au spectateur. Il faut l'apprivoiser et chercher ses qualités au delà du seul spectacle. Mais celui qui se lance dans cet « effort » s'en trouvera récompensé.

Philippe Delvaux
22/12/2009
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Sueurs Froides.fr > Critique > Asian Scans
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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