SAS à Istanbul


ORIGINE
France
SAS à Istanbul Affiche

LITTÉRATURE
ANNEE
1965
AUTEUR

De Villiers Gérard

Critique Littéraire SAS à Istanbul
{Photo 1 de SAS à Istanbul} 1963, Jean Bruce meurt dans un accident de voiture, OSS 117 est orphelin (pas pour longtemps, sa femme Josette reprendra la série à son compte un peu plus tard).

1964, Ian Fleming meurt d'une crise cardiaque, James Bond perd son papa. Avec le succès des films, nous étions alors en pleine Bondmania, au niveau mondial. Une espionnite carabinée sans précédent.

1965, un journaliste globe-trotter crée le personnage de Malko Linge, alias S.A.S.

SAS A ISTANBUL (destination privilégiée des espions des sixties), premier volume de la série sur 200, est un bon, voire un très bon roman d'espionnage populaire des années 60, 1965 pour être plus précis -même s'il se déroule en 1969 dans l'édition que nous avons eu entre les mains, politique-fiction ? Lire cette vérité arrachera des larmes à de nombreux détracteurs de Gérard de Villiers, réputé malgré (ou à cause de) son succès pour être un mauvais écrivain raciste, sadique et misogyne. Sans doute, avec l'évolution de la série, ces reproches sont-ils devenus fondés (quoiqu'il y aurait beaucoup à dire sur ce qu'est un bon style de romancier de gare ; de Villiers a au moins gardé son efficacité, devenue un peu{Photo 2 de SAS à Istanbul} mécanique au fil du temps).

Il n'en était rien en tout cas début 1965 avec ce premier opus.

Sur une intrigue que d'aucuns ont jugée délirante (ce qui peut être une qualité) mais au fond de peu d'importance s'entrecroisent les destinées de quelques protagonistes attachants que l'on retrouvera par la suite dans la saga.

Malko Linge, pour commencer, est une sorte de Roger Moore classe et raffiné, séducteur et assez pacifique mais nanti d'une mémoire incroyable qui le fait par exemple se souvenir d'un poème turc lu 20 ans auparavant. Un authentique aristocrate autrichien, un peu à la lord Brett Sinclair. Un beau héros qui bosse pour la CIA afin de payer les travaux de son château, fort coûteux. Une sorte de mercenaire esthète qui passe une partie de son temps à courtiser différentes jeunes femmes lorqu'il n'enquête pas. Pas de porno ici (mais ça allait venir, dans les années 70), pas de misogynie non plus. Malko respecte toutes ses conquêtes et, parfait libertin, reste fidèle... à toutes ses femmes. On pense constamment à un James Bond mâtiné de chevalier servant. Toutes ses « girls » ont une profession et un caractère (surtout Leila la danseuse, u{Photo 3 de SAS à Istanbul} ne vraie tigresse). Comme 007, c'est plutôt S.A.S qui est un objet sexuel que se disputent ces dames !

C'est dans ce SAS A ISTANBUL que Malko rencontre son futur homme de main/domestique/étrangleur Elko Krisantem. Un vrai personnage de tueur à gages sympathique (!) qui n'a de cesse à la fin de venger la mort de sa femme assassinée par les Russes.

Il y aussi les deux brutes des services secrets américains, exécuteurs des basses œuvres et gardes du corps balourds du Prince des Espions (comme on surnomme Malko en Italie, où l'on en dit beaucoup de bien). Un tandem très drôle. Car il ya de l'humour dans ce S.A.S, moins noir et moins cynique que par la suite à mesure que le ton se durcissait. Par exemple quand Malko sort un soir avec deux furies prêtes à s'arracher les yeux, on nage en plein vaudeville. C'est frais et réjouissant, l'influence des OSS 117 est évidente et la bonne humeur communicative.

Ce qui n'empêche pas le ton de se faire plus grave lorsqu'il est question de trahison et de mort d'hommes (par dizaines dans ce roman). Malko a un vrai sens de l'honneur et n'hésite pas à gifler en pleine réception le haut responsable qui a menti{Photo 4 de SAS à Istanbul} sur le devenir du frère d'un homme qui a trahi son pays par idéal. Malko lui avait promis la vie sauve, il a été fusillé. C'en est trop pour Son Altesse Sérénissime (S.A.S, pour ceux qui n'avaient pas fait le rapprochement).

Souvent, les futurs S.A.S seront à la limite du guide touristique et géopolitique entrecoupé de scènes X répétitives et de morts atroces. Bref, comme dans LES TROIS VEUVES DE HONG KONG (au final superbe qui voit Malko héroïque et à demi mort) en 1968, ça bouge souvent très peu et le manque d'action est constant. Comme ici, couleur locale et exotisme "réaliste" répondent toujours présents.

En 1965, SAS A ISTANBUL est encore un vrai roman d'action. Sans aller jusqu'à parler de « James Bond survitaminé » comme l'excellent Serge Brussolo, un fan du S.A.S première manière qui s'exprime dans le numéro spécial de la REVUE DES DEUX MONDES consacré à l'auteur de Villiers et à sa créature (juillet-août 2014).

Comme nombre de héros, Malko n'a jamais vieilli (il exerce depuis la fin de la seconde guerre mondiale comme on l'apprend ici) et n'a eu nul besoin de viagra. Même si Gérard de Villiers a par contre laissé tomber ensuite l'idée de la mémoire photographique, Malko Linge a subsisté, devenant certes un peu la caricature plus drôle du tout de ce qu'il était à ses débuts. Un pantin obsédé (par la sodomie !) et sans grand caractère qui se ballade dans le monde entier pour donner une vision de l'actualité la plus brûlante. La vision de son créateur très renseigné et, sans doute, partial, bien sûr.

Rééditer les premiers S.A.S est une excellente idée qui remettra les pendules à l'heure et expliquera aux incrédules pourquoi des gens comme Michel Lebrun (le « Pape du polar »), voire Boileau-Narcejac (selon la quatrième de couverture) en ont dit tant de bien à ses débuts. S.A.S était excellent, tout simplement. Que l'on oublie aussi les deux films assez catastrophiques qui furent aussitôt reniés par de Villiers pour redécouvrir un véritable mythe de l'espionnage pop. La troisième légende française après OSS 117 et Coplan FX-18.

Il y a même une certaine émotion dans ce S.A.S. Que le style très simple rend fort bien :

« Il croisa plusieurs couples d'amoureux. Aucun ne vit les larmes dans ses yeux. Il n'aurait plus souvent l'occasion de suivre ce chemin qu'il aimait tant. » (P.260)

Patryck Ficini
21/07/2014
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Sueurs Froides.fr > Critique > Chroniques Infernales
AUTEUR DE L'ARTICLE: Patryck Ficini
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