Scrapbook


ORIGINE
USA
Scrapbook Affiche

ANNEE
2000
REALISATION

Eric Stanze

INTERPRETES
Emily Haack
Tommy Biando
Todd Devlin
Elizabeth Hammock
AUTEUR DE L'ARTICLE: André Quintaine
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Critique Scrapbook
{Photo 1 de Scrapbook} L'écran est complètement noir pendant que le générique défile sous nos yeux. Les seuls sons que l'on peut entendre sont les chuchotements d'une jeune femme qui ne comprend pas où elle se trouve ni ce qu'elle y fait.

Soudain, la lumière pénètre la pièce et éclaire le cadavre ensanglanté d'une autre femme. A côté d'elle, la jeune fille que l'on entendait murmurer réalise en même temps que nous qu'elle n'était pas seule dans ce qui se révèle être finalement une camionnette. Un homme, devant le coffre ouvert du véhicule tire le cadavre à l'extérieur et referme la porte.

Cut. Flashback. La scène suivante est peut-être le premier plan séquence du film amateur : un ours en peluche. On comprend que l'on se trouve en caméra subjective à la place d'un enfant. Il s'approche d'une porte. Derrière, la sœur, adolescente, simplement vêtue d'une petite culotte, admire son corps qui se reflète dans un miroir. Elle lui demande de s'approcher. La caméra s'approche lentement. Lascivement elle dirige le garçon vers son lit. Elle l'enlace, puis commence à se caresser. Soudain, un bruit sourd. C'est le petit ami qui arrive inopinément et découvre la scène. Il brutalise l'enfant et le viole.

Nouveau cut. Retour au présent. Des bouteilles de bière vides et des légumes pourris traînent sur une table, des morceaux humains décomposés jonchent le sol, des coupures de presse et des photos pornos mitées sont collées au mur. Nous sommes dans l'antre de Leonard qui exhibe son " scrapbook " et tout le désespoir et toute la peur qu'il contient devant Clara, la fille du van, attachée à une chaise. Il s'agit de son livre intime dans lequel il a noté tous ses faits et gestes depuis qu'il a commencé à tuer, il y a douze ans. Mais ce qui rend ce livre " exceptionnel ", c'est qu'il contient aussi les photos de ses victimes, des morceaux de leurs vêtements, des dessins ainsi que leurs émotions. En effet, son sadisme est allé jusqu'à les obliger à coucher leur calvaire sur le papier avant de les assassiner.Clara est censée achever son " œuvre ", faire " équipe " avec lui. Il pourra alors mettre le livre à disposition de tout le monde et ne plus être cet homme qui passe inaperçu.

Clara refuse tout d'abord, Leonard s'obstine, l'humilie, la bat, la viole. Finalement elle écrit : Tu penses être grand, mais tu n'es qu'une merde. Ta bite est si molle que je ne l'ai même pas sentie lorsque tu l'as mise en moi. Devant l'affront de Clara, qui ainsi ruine son œuvre, la punition infligée par Leonard est salement méchante. Il l'emmène dehors où règne une chaleur assommante. Il la pousse dans une poubelle en plastique, l'arrose de lait, l'enferme dans la poubelle et la laisse ainsi des heures sous un soleil torride. Une scène qui annonce le début d'une longue descente en enfer pour Clara et dont l'ambiance, les éclairages, rappellent furieusement un autre bijou du genre, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, rien que ça !

SCRAPBOOK se déroule à la manière d'un huis-clos oppressant. Clara et Leonard sont à peu de chose près les deux seuls personnages du film. Il y a bien une autre victime à un moment, mais Leonard lui règle rapidement son compte, comme pour prouver à Clara qu'il ne rigole pas. Le film s'articule ainsi sur la confrontation de ces deux personnages, le bourreau dominateur et la victime dominée. Il se focalise surtout sur les tortures psychologique et physique que Leonard inflige à Clara.

Et rien n'arrête Eric Stanze. Il nous avait prévenus qu'avec SCRAPBOOK, il désirait faire quelque chose de choquant, obscène et violent. Quelque chose de vraiment, mais alors vraiment glauque. Sur le coup, notre réaction a été à peu de choses près la suivante : " Oh la ! Ça sent la gratuité inepte à plein nez ! "

Etrangement, cette violence, cette ambiance " glauque " promise, nous ne l'avons pas ressentie tant que ça lors de la première vision. En réalité, c'est à la seconde vision du film que l'on se rend réellement compte à quel point SCRAPBOOK est inhumain, gravement glauque ! Certaines scènes vont tellement loin que je ne les décrirai pas ici.

En fait, tout le côté répugnant de SCRAPBOOK passe presque inaperçu lors de la première vision du film pour la simple raison que l'on est subjugué. Subjugué par cette histoire simple mais tellement réaliste. Subjugué par la caméra d'Eric Stanze qui filme au plus juste et évite complètement la complaisance. Subjugué par l'atmosphère étouffante des décors et du huis-clos renforcée par une excellente bande-son qui amplifie de manière terrifiante les moments de terreur brute du film. Et enfin subjugué par Tommy Biondo et Emily Haack interprétant respectivement Leonard et Clara. Ces deux acteurs nous font complètement pénétrer dans cette histoire et ressentir comme rarement les émotions des personnages qu'ils incarnent. Nous avons affaire à deux acteurs d'exception dont l'interprétation peut facilement être qualifiée d'exploit !

Emily Haack désirait que le film puisse retranscrire de la manière la plus réaliste possible toutes les horreurs dont son personnage est victime dans SCRAPBOOK. Son vœu est pour le moins exaucé et SCRAPBOOK fait voler en éclat toutes les limites de la bienséance. Il va sans dire que ce qu'elle accepte de supporter (elle s'est laissée uriner dessus par Tommy Biondo !) et la qualité franchement exceptionnelle de son interprétation sont pour beaucoup dans le fait que SCRAPBOOK est un monument de scènes d'anthologie.

Le film alterne les scènes de violence physique brutales avec d'autres plus calmes où Clara et Leonard discutent. Mais ces dernières sont au moins aussi violentes que les premières car il s'agit de véritables tortures psychologiques. Il y a cette scène surréaliste où Leonard parle à Clara derrière la porte de la chambre dans laquelle il l'a enfermée, pendant que la caméra nous donne une vision cauchemardesque de la pièce. Il y a un fossé entre l'inconscience qui perce dans les paroles de Leonard et la vision des restes du carnage qui s'est déroulé dans la chambre quelquesinstants plus tôt.

Eric Stanze sait même jouer avec le suspense lors de cette scène grandiose où Clara tente de s'échapper. Après avoir finalement réussi à défoncer la porte de la chambre et à sortir de la maison, elle se cache dans une grange dont le sol est jonché de cadavres humains à moitié enterrés et où Leonard la recherche. Il y a aussi le cadavre décomposé d'une vache, un vrai cadavre !

Finalement, Leonard la rattrape et décide qu'un brin de toilette ne lui ferait pas de mal. Il s'ensuit une autre scène exceptionnelle où Leonard la traîne vers la salle de bain et l'attache debout dans la baignoire. Un camescope est là et Leonard le met en marche. Stanze alterne ainsi les images " propres " prises avec sa Betacam et celles du camescope. La différence entre les deux qualités d'image accorde à celles prises avec le camescope un ton soudainement plus réaliste et extrêmement " crade ".

Aussi exceptionnelle que soit la mise en scène d'Eric Stanze, SCRAPBOOK ne serait rien d'autre qu'un simple petit film glauque s'il n'avait pas bénéficié d'un investissement total de toutes les personnes impliquées dans le projet. Tout est parfait, des décors (avec ces murs maculés de taches de sang) aux effets gores en passant par la musique et la photo. Et en particulier Emily Haack et Tommy Biondo qui nous livrent une interprétation extraordinaire. Tommy Biondo est aussi le scénariste du film. Alors qu'il travaillait sur ICE FROM THE SUN avec Eric Stanze, il passa le plus clair de son temps libre durant cinq longues années sur le sujet de SCRAPBOOK et en particulier à éplucher les archives concernant des psycho-killers. Certaines scènes de SCRAPBOOK sont en effet des reconstitutions de faits réels. Tommy Biondo est également allé jusqu'au bout en donnant corps à Leonard. Et c'est bien dans la dernière scène, encore une séquence d'anthologie, que la qualité de son interprétation trouve son paroxysme. C'est une scène qui a été préparée sans lui. Emily Haack et Eric Stanze ont seuls décidé de la tournure que devait prendre les événements. Tommy Biondo n'avait pour ordre que d'obéir aux ordres de Clara. Cette scène lui permet de changer complètement de personnalité. SCRAPBOOK est peut-être son film avant tout (c'est aussi son œuvre posthume, il est décédé quelques jours après la post-production de SCRAPBOOK). Emily Haack, quant à elle, réussit l'exploit de nous faire croire à un retournement de situation alors qu'on y est habitué dans ce genre de film. Sauf que cette fois, on y croit vraiment ! Eric Stanze termine en beauté et boucle son film avec une scène rappelant le plan séquence du début de SCRAPBOOK.

En voulant faire un film complètement différent d'ICE FROM THE SUN, Eric Stanze et son équipe ont une nouvelle fois frappé très fort. Après une œuvre expérimentale inoubliable, Eric Stanze ne dément pas sa volonté farouche de rester indépendant et livre une œuvre plus classique qu'ICE FROM THE SUN, mais aussi plus difficile. Il réussit à renouveler un genre que l'on croyait épuisé jusqu'à la moelle. SCRAPBOOK devrait faire parler de lui. Croyez-moi. C'est une œuvre parfaite, il n'y a absolument rien à redire. C'est une histoire puissante, terrifiante, atroce, immonde mais racontée et interprétée d'une manière humaine. L'équipe de SCRAPBOOK a dépassé les barrières du glauque tout en évitant de conférer au film un côté gratuit qui n'aurait pas joué en sa faveur. On est loin, très loin, d'un film complaisant sans âme dont le seul objet est d'étaler des atrocités sans justification. SCRAPBOOK est justement un futur film mythique car il réussit à donner une âme à ce qu'il montre à l'écran, ce qui décuple facilement l'atrocité de son propos. Il vous fait plonger au plus profond des méandres du côté sale de l'être humain et vous fait ressentir des émotions négatives comme seules des œuvres comme MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE ou HENRY PORTRAIT OF A SERIAL KILLER, par exemple, ont été capables de le faire.

André Quintaine
22/12/2009
Cet article est paru dans Sueurs Froides n°9
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