Suicide Girls Must Die !


ORIGINE
USA
Suicide Girls Must Die ! Affiche

ANNEE
2010
REALISATION

Sawa Suicide

INTERPRETES
Amina Munster
Bailey Suicide
Bully Suicide
AUTEUR DE L'ARTICLE: Clément X. Da Gama
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Critique Suicide Girls Must Die !
{Photo 1 de Suicide Girls Must Die !} Une dizaine de femmes partent dans le Maine pour y réaliser un shooting érotique. Elles disparaissent l'une après l'autre, sans raison apparente...

La compagnie Suicide Girls fut fondée sur internet en 2001, sous l'impulsion de la photographe Missy Suicide (de son vrai nom Selena Moody). Le projet était simple : s'opposer à l'image de la beauté féminine stéréotypée, propagée par les mass-médias et les magazines de mode, en mettant à l'honneur des femmes sexys tatouées, piercées, et qui ne répondent pas forcément aux exigences de taille et de poids imposées par Yves Saint-Laurent et ses grandes perches faméliques. Le nouvel érotisme ténébreux développé par les Suicide Girls ainsi que la recherche esthétique des clichés assurent au site internet un succès grandissant, à tel point que plusieurs sites concurrents tenteront de surfer sur cette vague érotico-punk. Mais derrière le discours féministe et les belles intentions se cache une machine de guerre économique qui tente par tous les moyens d'exploiter la marque « Suicide Girls » : au-delà des t-shirts et autres produits dérivés, des films estampillés SG furent produits. Et ce, pour notre plus grand malheur.

SUICIDE GIRLS MUST DIE se présente comme un docu-fiction. Les premières minutes du film montrent différentes Suicide Girls tandis qu'elles se préparent à une excursion dans les contrées éloignées du Maine. Toutes armées d'une caméra numérique, elles enregistrent leurs appréhensions ou excitations quant à ce périple, avant de partir à l'aventure dans un van. La mise en scène s'organise alors autour des différents points de vue des filles (grâce aux caméras qu'elles tiennent à la main) tandis qu'elles discutent, picolent et s'amusent ensemble. Jusque-là, le dispositif docu-fiction fonctionne correctement, et le spectateur se laisse prendre au jeu de la frontière poreuse entre reportage sur le vif et mise en scène fictionnelle, comme lorsque une passante, dont le visage est flouté, harangue les Suici{Photo 2 de Suicide Girls Must Die !} de Girls pour avoir uriné sur la voie publique. Les insultes fusent, la tension est palpable et le spectateur est bien en mal de savoir si cet événement était ou non prévu par la production. Mais la réussite de SUICIDE GIRLS MUST DIE est de courte durée.

Le dispositif docu-fiction nécessite un brouillage constant entre le documentaire et la fiction de sorte que, théoriquement, le film ne doit jamais être parfaitement documentaire ou fictionnel : un équilibre fragile entre ces deux formes doit être trouvé et conservé afin d'assurer la réussite du film. Par exemple, tout spectateur qui regarde un docu-fiction comme LE PROJET BLAIR WITCH sait pertinemment qu'il est face à un récit fictionnel, mais les cinéastes entretiennent savamment, du premier au dernier plan du film, une forme documentaire : l'enquête sur la sorcière de Blair est uniquement donnée à voir au travers des caméras des étudiants perdus dans la sinistre forêt, si bien que l'équilibre entre forme documentaire et récit fictionnel est constamment maintenu.

Sawa Suicide, la réalisatrice de SUICIDE GIRLS MUST DIE, ne semble pas avoir saisi cette donnée essentielle du docu-fiction puisque, une fois les filles arrivées au chalet où elles vont séjourner pour la durée du shooting, la mise en scène devient ouvertement « fictionnelle » par des plans aériens (tournés depuis un hélicoptère) ou des plans d'ensemble dans lesquels toutes les Suicide Girls apparaissent. Ces différents plans, qui ne sont pas mauvais en soi, mettent à mort l'équilibre docu-fiction préalablement mis en place puisqu'il ne fait plus aucun doute pour le public qu'il est face à un récit purement fictionnel (dans son fond comme dans sa forme). En refusant de s'en tenir à un point de vue documentaire (via les caméras numériques), Sawa Suicide accouche d'un film formellement bordélique, devant lequel le spectateur ne sait jamais trop sur quel pied danser. Cette tare est la première d'une longue série...

Comme les filles sont pa{Photo 3 de Suicide Girls Must Die !} rties dans le Maine pour y faire un shooting érotique, nous n'allons pas, pauvres de nous spectateurs, en perdre une miette. Le film contient une dizaine de séances photographiques ; chacune d'entre elle durant un peu moins de 5 minutes. A quoi servent ces séquences dans le développement du récit ? Mais à rien du tout, ma bonne dame ! Régulièrement, Sawa Suicide met en pause son scénario pour nous donner à admirer, sur fond de musique rock peu inspirée, les corps dénudés des Suicide Girls qui prennent la pose sous l'objectif d'Amina, la chef du groupe. Ces séquences, à peine dignes d'un softcore ringard de l'époque M6, n'ont aucun intérêt dans l'histoire et sont uniquement là pour assurer la promotion de l'érotisme estampillé Suicide Girls : les corps sont couverts de tatouages (pas toujours réussis), les seins et les lèvres sont traversés de piercings, les postures sont lascives et permettent aux spectateurs mâles (notamment) de bien se rincer l'œil sans avoir à payer les frais d'inscription du site internet SG. Répétitives et jamais excitantes, ces scènes dénoncent le film pour ce qu'il est réellement : un placement de produit d'1h30 où les canettes de Pepsi et les voitures BMW sont remplacées par de la chair humaine.

Si SUICIDE GIRLS MUST DIE est une gigantesque publicité enrobée dans un mauvais docu-fiction à l'érotisme suranné, il est également un film d'horreur navrant (si, si, c'est possible !). Sur une base scénaristique particulièrement rachitique (les Suicide Girls disparaissent une à une, sans laisser de trace), Sawa Suicide se contente du minimum syndical quant à la création de la peur. Une musique inquiétante par-ci, des tropes visuels éculés par-là, et le tour est joué. Mais ce n'est pas en donnant à voir de temps à autre un cimetière inquiétant, un bouseux consanguin issu de DELIVRANCE ou des travellings qui balaient l'espace d'une forêt à la EVIL DEAD que l'on donne vit à un récit angoissant. Ces séquences « horrifiques », qui se{Photo 4 de Suicide Girls Must Die !} comptent sur les doigts de la main d'un lépreux, sont disséminées au petit bonheur la chance si bien qu'elles n'ont absolument aucun effet sur le public. Incapable d'être excité ou apeuré par SUICIDE GIRLS MUST DIE, le spectateur commence légitimement à se dire qu'on le prend un peu pour un con.

Le public n'est cependant pas le seul abruti de l'histoire. Car les Suicide Girls, telles qu'elles sont ici présentées, sont d'une bêtise qui n'a d'égale que leur superficialité. Uniquement préoccupées par leurs fringues, leurs portables et leurs connexions internet, les filles sont terriblement futiles et prétentieuses, de sorte que les nombreux dialogues du film constituent pour le public un moment douloureux qui n'est pas sans rappeler les débats philosophiques de haute volée auxquels les candidats demeurés de la téléréalité nous ont habitués. Pures incarnations de la société mercantile et vide qui les a produit, les Suicide Girls sont aussi belles qu'intellectuellement médiocres, et le film de Sawa Suicide d'apparaître comme une contre-publicité féroce pour la société SG.

Le personnage d'Amina est à ce titre passionnant. En charge du déroulement du shooting, elle est la patronne, celle qui incarne l'âme et l'autorité de la compagnie. Mais elle est dans le même temps le personnage le plus inhumain. Totalement insensible à la disparition successive des filles, elle les considère comme des sacs à viande, de la chair à sexe qui peut bien mourir tant qu'elle a pu, auparavant, en capter l'image et le corps nu. Amina est alors (indirectement, il n'en fait aucun doute) l'incarnation d'une certaine réalité de la compagnie SG. Depuis quelques années, des voix d'anciennes Suicide Girls s'élèvent pour critiquer les méthodes employées par Missy Suicide et Sean Suhl, le véritable patron de Suicide Girls qui dirige la société dans l'ombre (tout comme le groupe « féministe » Femen, Suicide Girls est en fait dirigé par un homme...). Contrats aux clauses abusives, salaires au rabais, mépris des modèles sont autant de griefs venus ternir, au fil des ans, la réputation de la maison SG. Et lorsqu'Amina explique qu'elle se fout des filles disparues (« J'en ai rien à faire. Je suis une connasse. Pourquoi tu crois qu'ils m'ont donné les pleins pouvoirs pour ce shooting ? Parce que je suis une connasse, et que j'en ai rien à faire de vous. »), on ne peut s'empêcher d'établir une analogie entre le comportement amoral de cette petite kapo et celui, avéré ou non, des dirigeants de Suicide Girls.

Raté en tant que docu-fiction, navrant dans son érotisme, nul dans ses artifices horrifiques, SUICIDE GIRLS MUST DIE trouve un certain intérêt dans la critique sous-jacente qu'il offre de la compagnie SG, et plus généralement des rapports de soumission et d'humiliation qui peuvent exister entre l'employé et son patron. A ce titre, notons une séquence brillante en split-screen où, à gauche de l'image, une jeune femme pleure la disparition de ses amies et la froideur de sa chef tandis que, à droite, un shooting bat son plein pour le plus grand plaisir (et profit) du patronat. D'autres séquences de ce type émaillent le film et, sans le rendre plus digeste pour autant, permettent aux spectateurs d'expurger sa haine à l'encontre de ce métrage si détestable (un des derniers dialogues du film nous donne à entendre un magnifique « Fuck you, Suicide Girls » qui fait chaud au cœur).

Particulièrement dommageable pour la compagnie SG, SUICIDE GIRLS MUST DIE ne doit pas nous faire oublier combien les Suicide Girls ont offert une bouffée d'oxygène pour celles et ceux curieux de modèles de beauté hors norme, et combien certaines d'entre elles sont en outre des artistes accomplies (notamment la française Dwam Ipomée). Bien qu'elles participent elles aussi à l'inextricable chosification et hyper sexualisation des femmes, les Suicide Girls ne méritent pas de mourir... Quant à celles qui ont participé à cet étron filmique, la question reste posée.

Clément X. Da Gama
06/10/2013
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