Taxi Hunter

Di Shi Pan Guan


ORIGINE
Hong-Kong
Taxi Hunter Affiche

ANNEE
1993
REALISATION

Herman Yau

INTERPRETES
Anthony Wong
Yu Rong-Guang
Athena Chu Yun
Critique Taxi Hunter
{Photo 1 de Taxi Hunter} Ah Kin est un jeune banquier à qui tout sourit : une future promotion dans sa compagnie, une femme aimante qui va bientôt lui donner leur premier enfant. Mais le soir de l'accouchement, sa conjointe est tuée par un chauffeur de taxi. Ivre de vengeance, Ah Kin prend les armes et décide d'éradiquer les conducteurs de taxi qui sévissent à Hong-Kong.

Herman Yau à la mise en scène. Anthony Wong en acteur principal. Deux noms qui font rêver les amoureux du cinéma déviant et extrême. Et pour cause. Les compères nous ont donné en 1993 THE UNTOLD STORY, l'histoire d'un fou furieux qui trucide une famille entière (enfants compris) avant de les servir à manger aux gourmets de son restaurant. Un délice pour les papilles. Trois ans plus tard, les facétieux Yau et Wong s'associent pour le remake over-the-top de THE UNTOLD STORY. Il s'agit d'EBOLA SYNDROME, l'un des films les plus indéfendables (et donc les plus appréciables) du cinéma hongkongais. Une œuvre sensible et raffinée qui nous enseigne notamment les bienfaits de la masturbation dans la viande rouge, avant de servir celle-ci à des clients forcément satisfaits par la qualité du mets (ou de la sauce ?). Mais les deux zigotos avaient déjà travaillé ensemble, quelques mois avant la sortie de THE UNTOLD STORY. Et si TAXI HUNTER est moins connu que les autres films du tandem Yau/Wong, ce n'est{Photo 2 de Taxi Hunter} pas un mal.

TAXI HUNTER prend d'abord le temps de construire son personnage principal. Ah Kin est un homme lambda, sans histoire : mari aimant et attentionné, employé modèle bientôt promu pour ses bons et loyaux services, il n'exerce aucune fascination sur le public. Le désintérêt poli que nous éprouvons d'abord pour le héros est voulu par Herman Yau, puisqu'Ah Kin changera radicalement après le meurtre de sa femme par un chauffeur de taxi. Un meurtre franchement traumatisant, dont on se souvient des années après avoir vu le film, et qui en constitue le moment le plus intense.

Pivot narratif de TAXI HUNTER, la mort de la jeune femme transforme Ah Kin en profondeur. De gentil banquier qui se fait marcher sur les pieds, il devient un homme fort, s'imposant physiquement et mentalement aux autres. De victime, il devient bourreau. Cette transition, qui nous permet enfin d'apprécier Anthony Wong dans son registre d'excellence (celui du taré assassin), est graduelle et donc parfaitement crédible. Ah Kin commence sa vendetta contre les chauffeurs de taxi par une simple gifle, puis il passe à la vitesse supérieure en tuant presque par hasard l'un de ces « parasites ». Comme tout bon vigilante, il peaufine au fur et à mesure sa technique avant de s'acheter une arme à feu. Les meurtres, sans jamais être aussi craspecs que ceux de THE UNTOLD STOR{Photo 3 de Taxi Hunter} Y, sont choquants car expéditifs et/ou vicieux. Voir à ce titre le chauffeur de taxi/violeur criblé de balles (mais toujours vivant) qui sera ensuite étranglé par notre « héros ». Une certaine idée de la justice...

TAXI HUNTER marche clairement sur les traces de la série du JUSTICIER DANS LA VILLE, et ce jusque dans son idéologie douteuse. Chaque spectateur doit se faire sa propre opinion sur les tenants et aboutissants moraux des films d'exploitation vigilante/auto-défense (le terme « auto-défense » étant d'ailleurs très sujet à caution dans le cas du bon vieux Charles Bronson !). Ce qui est sûr, c'est qu'Herman Yau ne révolutionne en rien cette tendance issue du cinéma hollywoodien, puisque les victimes du justicier Ah Kin n'ont que ce qu'elles méritent.

Les chauffeurs de taxi à Hong-Kong sont des raclures, et le film insiste lourdement sur ce point. Vulgaires et agressifs, ils arnaquent tous leurs clients, insultent les vieilles dames, violent les petites jeunes qui sortent de boites de nuit : en somme, ils constituent une fange humaine que le héros se doit d'assainir. Et nous, pauvres spectateurs opposés à la peine de mort, n'avons d'autre choix que de valider la vengeance purificatrice et salutaire du héros. TAXI HUNTER n'oublie pas, vigilante oblige, de faussement soulever les contradictions éthiques des actes d'Ah Kin, lors d'un{Photo 4 de Taxi Hunter} e scène qui arrive en fin de métrage et dont la faiblesse conceptuelle (niveau CM2) laisse pantois. Si vous cherchez un film abordant sérieusement l'impasse idéologique et morale que constitue « la justice par soi-même », tournez-vous plutôt vers le définitif LES 7 JOURS DU TALION de Podz.

A cette question éthique ô combien épineuse vient s'ajouter une kyrielle de problèmes. Le premier, et pas des moindres, tient aux personnages secondaires. Herman Yau met en parallèle l'expédition punitive de son héros avec l'enquête policière qui en découle. Une enquête notamment menée par un flic hystérique, adepte de la mode hip-hop (casquette de travers en toutes circonstances parce que c'est fashion) et qui n'est pas avare en bons mots jamais drôles. Les scénaristes ont d'ailleurs eu la brillante idée de lui coller une fille journaliste, qui est (précision de taille) une excellente cuisinière ! Durant ces séquences, la tension crée autour du personnage d'Ah Kin retombe brutalement pour laisser place à des saynètes totalement inutiles : le flic hip-hop aime à manger des crevettes parce que sa fille est une spécialiste de la sauce au soja... passionnant, n'est-il point ?

Autre problème de taille, TAXI HUNTER se présente comme une relecture de TAXI DRIVER. Musique jazzy lors du générique, achat illégal d'une arme à feu, musculation du héros qui enchaîne les pompes, tout y passe jusqu'à la fameuse séquence du « You talkin' to me ? ». Herman Yau s'est même amusé à parodier le célèbre film de Scorsese puisque, tandis que Travis dans TAXI DRIVER est fascinant de précision dans sa manipulation des flingues, Ah Kin lui est maladroit au possible et n'arrête pas de faire tomber son pistolet fraichement acheté. Une dérision pas mauvaise en soi, mais qui ne sert globalement à rien et qui marque combien TAXI HUNTER est avant tout un sous-produit hongkongais fortement influencé par tout un pan du cinéma hollywoodien des années 1970/1980. Un sous-produit peu inspiré qui ne renouvelle aucunement les codes du film d'auto-défense. De ce fait, il est avant tout réservé aux amoureux de ce type de métrages, à celles et ceux en manque de justicier expéditif et moralement ambigu.

A condition de mettre de côté l'éthique douteuse propre aux films d'auto-défense, TAXI HUNTER ne constitue pas un moment désagréable. Mais il y a tellement d'autres vigilantes plus intéressants, et le film est si peu original comparé à THE UNTOLD STORY et EBOLA SYNDROME, qu'un sentiment de gâchis et d'inachevé persiste longtemps après la vision du film. Cependant, reconnaissons à Herman Yau et Anthony Wong une réussite de taille : celle de nous avoir dégoûté à vie de solliciter les taxis hongkongais. C'est peu, mais c'est déjà ça.

Clément X. Da Gama
17/03/2013
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Clément X. Da Gama
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