Teddy : la mort en peluche

The Pit


ORIGINE
Etats-Unis
Teddy : la mort en peluche Affiche

ANNEE
1981
REALISATION

Lew Lehman

INTERPRETES
Sammy Snyders
Jeannie Elias
Sonja Smits
AUTEUR DE L'ARTICLE: Stéphane Bex
SES DERNIERS ARTICLES
La barrière de la chair
Entre le ciel et l'enfer
Les salauds dorment en paix
Les Bas-Fonds
Noires sont les galaxies

Critique Teddy : la mort en peluche
{Photo 1 de Teddy : la mort en peluche} Soir de fête dans un jardin. Des enfants en costume. Bal masqué qui se situe entre Compagnie créole et Halloween. Gros plan sur les gâteaux posés sur la table et les bouches qui les avalent. Une forme spectrale s'avance ; costume de fantôme en drap blanc. La forme qui est au-dessous s'adresse à un pirate qui joue les gros durs flanqué d'une petite fille costumée en ballerine. Il veut l'entraîner en-dehors de la fête. Il a quelque chose à lui montrer. C'est important. Insert d'une scène rétrospective dans laquelle on voit le même adolescent, mais sans son habit de pirate, donner un coup de poing en vision subjective à un enfant qui demande à faire partir de son groupe. Retour au présent. Le trio s'aventure dans les bois. Le fantôme promet des bijoux. Il indique un lieu. Un sac près d'un grand trou. Le « pirate » veut les prendre. Il est poussé dans le trou par le « fantôme ».

La première scène de TEDDY (ou THE PIT - le puits - titre anglais plus en accord avec e véritable sujet du f{Photo 2 de Teddy : la mort en peluche} ilm) met mal à l'aise et annonce l'ambiance du reste du métrage. Il n'y est question qu'entre autres du fameux ourson diabolique que l'affiche laisse suggérer et qui ne joue au final qu'un rôle mineur. TEDDY serait plutôt un récit centré sur les phantasmes d'un jeune garçon, Jamie (Sammy Snyders) âgé de 12 ans et qui partage son temps entre voyeurisme sexuel, discussions avec son ourson et visites à une bande de trolls cachés dans un trou situé au centre d'une petite forêt. Comment est-il possible de concilier nostalgie de l'enfance avec pulsions sexuelles adultes ? se demande la baby-sitter qui a pour charge de surveiller l'enfant pendant que les parents cherchent un nouveau logement plus loin. De fait, Lehman navigue entre signes explicites et allusions plus dissimulées pour décrire la perversion mâtinée d'innocence du jeune héros. Catalogue pornographique dissimulé sous le matelas ; figures féminines découpées dans un livre consacré à la photographie de nu, les indices ne manquent{Photo 3 de Teddy : la mort en peluche} pas mais leur lecture en est souvent brouillée. La lettre anonyme reçue par la bibliothécaire dans laquelle réapparaît la figure découpée mais transformée pourrait être regardée comme une forme de blague faite par le jeune adolescent inconscient. La mention d'une mère lavant soigneusement son fils même quand il n'est pas sale fait peser des soupçons d'inceste sur la famille ou de mythomanie quant au jeune garçon. Lequel n'hésite pas à pénétrer dans la chambre de sa baby-sitter pour la regarder dormir ou dans la salle de bains pour la reluquer en cachette sous la douche.

Tout ceci pourrait amener à une forme de pré-slasher, à évoquer le devenir monstrueux d'un enfant perturbé mais ce n'est pas la direction choisie par Lehman qui privilégie une approche ambiguë, entre goût pour l'horreur psychologique et comédie macabre. Le réalisateur, dont c'est le seul film tourné - et qu'on peut donc mettre sur le même plan que Charles Laughton avec LA NUIT DU CHASSEUR , Leonard Kastle avec LES{Photo 4 de Teddy : la mort en peluche} TUEURS DE LA LUNE DE MIEL ou encore Jim Muro avec STREET TRASH - se livre à une valse-hésitation des plus curieuses dont une des explications peut se trouver dans le remaniement profond du scénario. Alors que le film devait faire des créatures monstrueuses (ourson et Trolls) des produits de l'imagination dans la lignée du PHOBIA de Huston dont Lehman a été peu de temps auparavant le scénariste, le choix de les rendre réels engage l'intrigue dans des directions tout à fait différentes. Le trou dans la forêt, forme de mcguffin et beau symbole psychanalytique des terreurs et des angoisses de l'adolescent qui y refoule toutes les hontes et les violences dont il est l'objet en y balançant ses ennemis, perd de son intérêt quand les Trolls en ressortent pour attaquer et dévorer les humains avant qu'on ne les leur apporte. Evoquant quelque peu des Ewoks monstrueux, ils font alors écho à l'ourson diabolique de Jamie, dont ils traduisent - au moyen de quelques plans gore - la violence dissimulée. Entre intérieur domestique et extérieur sauvage, monde familial et espace de la tribu, le film oscille, constamment soumis à une forme de déséquilibre qui épouse celui, mental de son héros, toujours en mouvement et ne tenant pas en place. L' acteur, interprète de Tom Sawyer dans la série HUCKLEBERRY FINN AND HIS FRIENDS, tient son rôle avec conviction et Jeannie Elias (la baby-sitter) rajoute une touche d'érotisme discret dont les anecdotes de tournage rappellent qu'il fut contrarié par les interventions de l'épouse du réalisateur.

De ce film étrange, aussi libéré qu'entravé, qui n'amorce des pistes que pour mieux les subvertir, et semble se contrarier consciemment sans s'assumer dans un genre ou un autre, on ne peut que conseiller la vision. Attention toutefois pour les amateurs de VO. La version qui est livrée ici par Keep Case est en VF et sans bonus. Mais ont été conservées les voix d'époque, ce qui n'est pas sans ajouter un certain charme là encore incongru dans l'oeuvre.

Stéphane Bex
16/07/2016
Bookmark and Share

Page précédente    Revenir en haut de la page    Imprimer   Creer PDF

Sueurs Froides.fr > Critique > Actu Dvd

Le film est disponible à l'achat sur le site Sin'Art :
Teddy DVD Zone 2 17 €
Vous aimez Teddy : la mort en peluche ?
En vente sur Sin'Art
  • Pochette Teddy - DVD  Zone 2
    DVD Zone 2
    17€
Moteur de recherche
Tout est bénévole – si ce n’est pas déjà fait, versez votre obole annuelle à l'association Sin'Art : 5 €