
L'étonnante et fructueuse carrière de Enzo G. Castellari débute au tout début des années 60 alors que ce dernier fait ses armes en tant qu'assistant réalisateur, notamment sur des films réalisés par son père, le prolifique Marino Girolami (qui a surtout œuvré dans la comédie paillarde, parfois sous le pseudonyme de Franco Martinelli). « Tale padre, tale figlio », Enzo Castellari devient un artisan hyper productif du cinéma populaire italien où il se spécialise dans le registre du film d'action. Parmi ses plus grandes réussites, on peut citer le solide western 7 WINCHESTERS POUR UN MASSACRE (1968), l'excellent polar LA POLICE ACCUSE, LA LOI ACQUITTE (1973), le cultissime KEOMA (1976) ou le très fun et efficace UNE POIGNEE DE SALOPARDS (1978) salué récemment par Quentin Tarantino qui a emprunté au film quelques idées et son titre américain : INGLORIOUS BASTARDS, pour son dernier long-métrage. On retrouve dans THE BIG RACKET une icône du cinéma de genre italien (bien qu'il ait tourné aussi avec Vittorio de Sica ou Andrzej Zulawski) le séduisant et viril Fabio Testi que l'on a p

u voir par exemple dans le sulfureux giallo, MAIS QU'AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? de Massimo Dallamano (1972) ou le puissant polar de Sergio Sollima, REVOLVER (1973).
L'inspecteur Nico Palmieri enquête sur une série de rackets violents dont sont victimes plusieurs importants commerçants de Rome. Il découvre que les petits voyous qui mènent ces expéditions punitives sont certainement recrutés par un groupe mafieux local. Palmieri est lui-même victime de la bande et après un bref séjour à l'hôpital, se décide à les mettre hors d'état de nuire par tous les moyens nécessaires. Alors que les malfrats poursuivent leurs exactions et violent la fille d'un restaurateur qui refusait de les payer, Palmieri parvient à les arrêter ; grâce à leurs appuis politiques, les racketteurs sont relâchés, ce qui va pousser notre intègre policier à utiliser des méthodes plus violentes et moins légales pour les combattre.
Comme la plupart des « poliziotteschi » (le polar italien social et violent des années 70), THE BIG RACKET se nourrit ouvertement de l'influence des films américains appartenant

au genre « noir et urbain » qui révolutionnèrent au tout début de la décennie le cinéma d'action en faisant passer ce dernier du statut de simple divertissement à celui d'une réflexion inquiète et adulte sur une société au bord de l'implosion. Ces œuvres séminales se nomment entre autres THE FRENCH CONNECTION (William Friedkin, 1971), L'INSPECTEUR HARRY (Don Siegel, 1971) ou UN JUSTICIER DANS LA VILLE (Michael Winner, 1973). Le film de Enzo G. Castellari fait partie des derniers titres appartenant au courant du « poliziotteschi » et est assez représentatif d'un genre alors à bout de souffle qui ne parvient plus à puiser dans son identité propre pour se (re)construire. Alors que la dimension sociale et critique abreuvait et dynamisait des opus majeurs comme MILAN CALIBRE 9 (Fernando di Leo, 1972), REVOLVER (Sergio Sollima, 1973) ou LA RANCON DE LA PEUR (Umberto Lenzi, 1974), le contexte politique des « années de plomb » n'est plus qu'un vague arrière-plan dans des films qui privilégient l'action et une forme de second degré. THE BIG RACKET s'inscrit donc dans ce courant qui e

mprunte éperdument au cinéma américain et fort peu à la culture européenne ; ici, les éléments sociaux du récit (la montée en puissance d'une organisation maffieuse internationale, l'instrumentalisation d'un groupe de voyous type « gauchistes dégénérés ») ne sont qu'un prétexte pour mettre en place un face à face armé entre le valeureux Palmieri et quelques dizaines de rebuts. Le personnage joué par Fabio Testi (à la fois sobre et convaincant) est une sorte de croisement entre Harry Callahan (il va se heurter à sa hiérarchie trop passive à son goût) et Paul « Bronson »Kersey (il va progressivement prôner la « loi du Talion » ) ; il incarne en fait à lui seul la somme de toutes les figures iconiques du cinéma d'action américain, du héros de western (le film en a la structure et en reprend les principaux motifs), au flic réfractaire en passant par le « vigilante » (ce que devient Palmieri dans la dernière partie du film, épaulé par une bande de mercenaires amateurs). Un peu trop multi-archétypal pour être pris au premier degré, le personnage est cependant le plus crédible du métrage, ses antagonistes (maffieux, racketteurs et petits escrocs) ne dépassant pas le stade de la caricature et de l'excès. Ce parti-pris permet à THE BIG RACKET d'éviter de tomber dans le piège du film d'auto-défense au discours ultra-réactionnaire voire nauséabond et de proposer une suite quasi-ininterrompue de « gun-fights » explosifs où les impacts amplifiés des balles et les ralentis « à la Peckinpah » rythment un jeu de massacre qui ne cherche pas à être réaliste. Signalons cependant que le film contient plusieurs scènes dérangeantes (le viol d'une adolescente, jouée d'ailleurs par la propre fille de Enzo Castellari !) et que le membre le plus cruel de la bande des racketteurs est une jeune femme. Autant d'éléments plutôt extrêmes que l'on ne pourrait retrouver dans une série B américaine et qui font que certains polars italiens influenceront en retour une nouvelle génération de réalisateurs d'Outre-Atlantique (William Lustig pour son VIGILANTE, 1984 ; RESERVOIR DOGS de Quentin Tarantino, 1992...) ébahis par la violence et la liberté de ton qui imprégnaient certaines de ces bandes.
Alexandre Lecouffe 21/02/2010 |
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