The Broken


ORIGINE
Royaume-Uni-France
The Broken Affiche

ANNEE
2008
REALISATION
Sean Ellis
INTERPRETES
Lena Headey
Richard Jenkins
Melvil Poupaud
Critique The Broken
{Photo 1 de The Broken} Londres de nos jours. Gina (Lena Headey, vue dans 300 de Zack Snyder, 2007), une jeune radiologue passionnée par son travail, organise avec son frère Daniel une fête d'anniversaire surprise pour leur père John. Sont également présents Stefan le fiancé de Gina (le « frenchy » Melvil Poupaud) et Kate, la petite amie du frère. Pendant la soirée, l'immense miroir du salon se brise sans raison. Le lendemain, Gina éberluée croit voir un double d'elle-même ; elle suit la femme dans un appartement inconnu où elle trouve pourtant une photo d'elle et de son père... Très perturbée, Gina repart en voiture et est victime d'un grave accident ; à son réveil, elle est partiellement amnésique et se persuade rapidement que son fiancé n'est pas le « vrai » Stefan mais un sosie aussi dénué de sentiments qu'inquiétant...

Venu du monde de la photographie de mode dont il fut un des plus célèbres représentants dans les années 90, Sean Ellis a travaillé dans la réalisation de spots publicitaires et de clips avant de se tour{Photo 2 de The Broken} ner vers le cinéma. Il réalise en 2004 un court-métrage très remarqué, CASHBACK, qui deviendra un long en 2006 et qui prend comme personnage principal un ado mélancolique et insomniaque dont on suit les rêveries désabusées. Avec THE BROKEN, le réalisateur anglais semble changer diamétralement d'univers puisqu'il s'inscrit ici dans le fantastique en traitant un thème emblématique du genre, celui du double (maléfique) et du miroir. Si le premier a donné lieu à des œuvres cinématographiques capitales (BODY SNATCHERS de Don Siegel, 1956 ou L'AUTRE de Robert Mulligan, 1972), le second attend encore son chef-d'œuvre. On peut néanmoins citer le récent INTO THE MIRROR du coréen Kim-Seong-Ho (2003) et son remake américain MIRRORS (2008, du français Alexandre Aja) qui réussirent à faire du motif du miroir le reflet de toutes les peurs collectives.

Dès les premières séquences qui nous présentent les personnages principaux par une série de courtes scènes de la vie quotidienne, THE BROKEN dessine les{Photo 3 de The Broken} contours d'un univers froid aux personnages presque désincarnés. La tonalité mélancolique, voire dépressive qui contamine le récit dès ses prémices (seule la scène de l'anniversaire du père de Gina est entrecoupée de quelques rires un peu forcés) se trouve encore accentuée par une magnifique photo quasi-monochrome aux teintes glacées qui semble figer les personnages dans une sorte de torpeur physique et mentale. Cette atmosphère cotonneuse, entre rêve et réalité, se déploie un peu plus à mesure que le film emprunte au fantastique son ressort dramatique principal : la vision par Gina de son « doppelgänger » (sosie maléfique) puis la certitude qu'elle a que son entourage a été « dupliqué ». De manière assez classique, le film plonge le spectateur dans le doute (Gina a-t-elle perdu la raison après son accident ? Y a-t-il au contraire un complot fomenté contre elle ?) et reprend de façon un peu trop évidente des éléments clés du film-matrice de la paranoïa, BODY SNATCHERS et ses clones sans humanité. Ce man{Photo 4 de The Broken} que d'originalité dans le traitement de la figure du double empêche de fait le film de développer un vrai sentiment de peur et le réalisateur semble également délaisser le sous-texte psychanalytique qui pourrait s'y rattacher : le dédoublement de la personnalité, la schizophrénie, ... Le motif tout aussi prégnant du miroir, s'il est plus approfondi, n'est pas traité dans le but de figurer d'éventuelles visions d'horreur et autres scènes choc. Inutile de chercher les effets faciles et les débordements sanglants dans THE BROKEN, il faudra se contenter d'une scène assez glaçante où Gina, face à son miroir, ne remarque pas que son reflet n'est plus synchronisé avec elle ou d'une brève séquence au cours de laquelle une jeune femme est étouffée et vidée de son sang par son double. Le réalisateur semble privilégier plutôt la dimension métaphorique du miroir et proposer une réflexion un peu confuse sur la perte d'identité. Celle de tous les protagonistes est en effet morcelée, fracturée, à l'image des nombreux miroirs brisés qui reviennent comme un leitmotiv durant tout le métrage. Sans que l'on sache vraiment pourquoi, Gina, son fiancé, son père, son frère, sont caractérisés par le manque et le vide existentiel ; formellement, Sean Ellis est au diapason de ses personnages, utilisant beaucoup de plans fixes, s'appuyant sur de nombreuses scènes sans dialogues et multipliant les séquences où il ne se passe rien ! Ce parti-pris assez risqué de jouer sur l'attente du spectateur finit cependant par laisser ce dernier un peu de côté, perdu entre des protagoniste fantoches pour lesquels il ne ressent pas grand-chose et un récit qui ne fait qu'emprunter au fantastique deux emblèmes sans vraiment croire au genre. Finalement, même l'aspect conceptuel de THE BROKEN (film « mental », film « purgatoire ») ne suffit pas à le rendre passionnant dans sa globalité et on retiendra plutôt de celui-ci sa volonté un peu vaine de tenter une variation « existentialiste » et esthétisante autour de thèmes majeurs du cinéma fantastique.

Alexandre Lecouffe
22/12/2009
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Alexandre Lecouffe
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