The Death of Poe


ORIGINE
USA
The Death of Poe Affiche

ANNEE
2006
REALISATION

Mark Redfield

INTERPRETES
Mark Redfield
Kevin G. Shinnick
Jennifer Rouse
Kimberly Hannold
Critique The Death of Poe
{Photo 1 de The Death of Poe} Après s'être intéressé à l'un des plus grands classiques de la littérature fantastique avec son film DR. JECKYLL AND MR. HYDE, Mark Redfield s'est tourné en 2006 pour son nouvel opus en direction du fameux poète gothique américain Edgar Allan Poe. THE DEATH OF POE suit l'auteur de « La Chute de la Maison Usher » et de « Meurtres dans la Rue Morgue » durant les derniers jours de sa vie, tandis qu'il jette ses dernières forces dans la bataille. Après avoir lutté durant de nombreuses années pour équilibrer une situation financière instable, il s'escrime durant la quasi-totalité du métrage à réunir les fonds nécessaires à la création de sa propre revue littéraire : « The Stylus ». Redfield incarne lui-même le grand homme (de façon convaincante), qui navigue ici de déceptions en désillusions, avant de sombrer finalement dans la déchéance absolue, la démence et le trépas.

Filmé en vidéo noir et blanc, le film est construit selon une structure circulaire qui d'emblée cloue le personnage en face de son triste destin. Les premiers plans nous le montrent ainsi mort, allongé sur un lit d'hôpital, en train de recevoir sa dernière toilette. Il est alors placé dans un cercueil, emmené dans un cimetière et enterré.

Et c'est à ce moment précis que le film débute réellement : la caméra saisit Poe,{Photo 2 de The Death of Poe} dans sa bière, qui s'éveille soudain, qui gratte la cloison de bois qui le sépare de l'air libre. Mais il est trop tard, on l'ensevelit déjà. Il s'agit là d'une référence évidente à « The Premature Burial », fameuse nouvelle de l'écrivain déjà remise au goût du jour par le cinéaste tchèque Jan Svankmajer dans SILENI (2005). Le fait que le film commence et se termine par le décès de Poe nous enferme avec lui dans ce cercueil qui ne relâche à aucun moment son étreinte étouffante sur sa proie.

A la fin de l'année 1849, donc, Poe se rend à Baltimore de façon à lever les capitaux nécessaires à son projet de journal. Il a touché le fond deux ans plus tôt lors de la mort de sa femme Virginia Clemm (Kimberly Hannold), emportée par la tuberculose. Il l'avait épousé alors qu'elle n'avait que treize ans et n'a vécu en sa compagnie qu'une existence précaire, jonchée de difficultés financières en tous genres. Suite à cette tragédie, il s'est adonné à la boisson sans ménagement, afin de calmer son immense dépression, jusqu'à passer bien près du naufrage complet. Il s'est cependant quelque peu repris par la suite. En effet, une ancienne petite-amie d'enfance, Elmira Royster, s'est déclarée intéressée par un mariage avec lui.

THE DEATH OF POE suit l'écrivain alors qu'il se rend auprès de sa future{Photo 3 de The Death of Poe} femme à New York. Il fait escale à Baltimore afin de tenter sa chance auprès de trois entrepreneurs susceptibles de débloquer des fonds pour sa revue.

Le chemin de croix du protégé de Baudelaire est semé d'embûches. Aucun des businessmen rencontrés ne se révèle digne de ses attentes, loin s'en faut : soit ils s'avèrent totalement incompétents, soit ils ne voient en lui qu'un moyen de faire accéder à la renommée leurs enfants, littérateurs de seconde zone. Chaque nouveau refus frappe Poe comme un sentence de mort. Alors qu'il s'efforce de créer une authentique littérature américaine, susceptible de rivaliser avec ses homologues britanniques ou français, il se heurte de plein fouet aux considérations bassement matérielles des personnes susceptibles de soutenir son projet. Son génie n'est guère reconnu - à la rigueur le reçoit-on en tant qu'auteur du « Corbeau », unique poème à avoir pénétré l'inconscient collectif de la société américaine d'alors.

Le fossé qui sépare ses aspirations artistiques des contingences matérielles au beau milieu desquelles il se débat constitue la substance de ce film. Redfiled met l'accent sur la tragédie de cette situation, ainsi que sur les effets psychologiques délétères qu'elle a sur Poe. Ce dernier rumine en permanence ses pensées, que l'on entend en{Photo 4 de The Death of Poe} boucle sur la bande-son, dans un entrelacs gluant qui réduit progressivement sa marge de manœuvre, sa volonté d'aller de l'avant. Cette fragilité mentale débouche sur des absences, des oublis permanents, qui surprennent les gens qui le croisent. On le voit ainsi demander à plusieurs reprises à la propriétaire du logement qu'il occupe à Baltimore à rester une nuit de plus. La vieille dame lui rétorque alors, par l'entremise de son fils, qu'il le lui a déjà demandé. Poe perd progressivement pied d'avec la réalité. Les voix qu'il entend deviennent rapidement plus tangibles que l'environnement au sein duquel il évolue.

Tout ceci le mène finalement au « Washington Medical College », où il sera admis dans un piteux état, suite à une rencontre malencontreuse dans une sombre ruelle de la ville. Deux malfrats ont profité de son ébriété et de sa naïveté pour le détrousser des quelques centaines de dollars qu'il avait pu mettre de côté.

Un joli travail de mise en scène nous fait alors découvrir le monde à travers les yeux de Poe. Des plans filmés en caméra subjective, une image floue, des voix qui résonnent, un bruit de respiration : tout un dispositif est activé afin de nous communiquer les troubles de la perception auxquels se trouve confronté l'écrivain moribond.

Il faut d'ailleurs signaler la qualité d'ensemble du travail fourni par le metteur en scène, qui parvient à transcender l'aspect théâtral des décors et du jeu des acteurs (pas tous excellents, il faut dire) par la grâce de multiples idées de montage ou d'habillages sonores fort bien amenées. De nombreux « flash-back » et « flash-forward » en couleur viennent rompre la narration et conférer une dimension fantastique au récit. D'autre part, des hallucinations entrecoupées de fondus aux noirs multiples matérialisent les troubles de la conscience de Poe, ses absences. Quant à la qualité du travail réalisé au niveau des ruminations intérieures de l'écrivain, elle a déjà été notée.

Que manque-t-il alors pour faire de ce film une œuvre incontournable ? Peut-être un peu plus de moyens, de décors, ce qui aurait pu conférer au résultat un aspect moins statique, moins « documentaire ». Il faut reconnaître qu'il n'est pas facile de passer après Roger Corman et Dario Argento, pour ne citer qu'eux, sur le chemin escarpé des adaptations d'Edgar Allan Poe.

Mais on peut à l'inverse considérer que l'austérité du traitement parvient à conférer une ambiance étrange au film de Redfield. Une ambiance proche du cauchemar, du rêve éveillé - ce que Poe, grand connaisseur en la matière, n'aurait certainement pas renié.

Franck Boulègue
22/12/2009
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Sueurs Froides.fr > Critique > Indie Eye
AUTEUR DE L'ARTICLE: Franck Boulègue
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