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The Killing kind


ORIGINE
USA
The Killing kind Affiche

ANNEE
1973
REALISATION
Curtis Harrington
INTERPRETES
John Savage
Ann Sothern
Critique The Killing kind
{Photo 1 de The Killing kind} Poursuivie sur une plage par une bande d'adolescents, Tina est violée. Cependant, cette jeune femme ne semble avoir opposé qu'une résistance de principe. Terry se contente du rôle de voyeur, hésitant sur la démarche à adopter, avant que ses compagnons ne le forcent à « honorer » à son tour Tina. Ellipse. On retrouve Terry qui s'en revient chez sa mère, Thelma, après avoir passé les deux années qui ont suivi en prison pour ce viol qu'a fini par dénoncer Tina. Sans doute a-t-il même été le seul puni, on ne sait trop. Toujours est-il qu'il réintègre la demeure familiale. Thelma, qu'il n'appelle jamais « maman », est une ex-coureuse de jupon qui s'est rangée pour vivre de loyers perçus sur des chambres qu'elle loue principalement à des personnes âgées. Thelma déploie un amour maternel suffocant à l'encontre de son fils, lequel affiche en retour une attitude ambiguë, teintée d'amour-haine. L'atmosphère est à l'inceste inassouvi. Le morne quotidien de Terry, rythmé de petits travaux pour les pensionnaires quasi grabataires, est bientôt troublé par l'irruption de Lori Davis, une jeune et jolie nouvelle locataire, qui s'en viendra le draguer. En outre, une voisine voyeuse s'intéresse aussi à notre antihéros. Cette vieille fille frustrée ressent inconsciemment que ses propres pulsions négatives s'accordent à celles qu'elle devine chez Terry. Et de fa{Photo 2 de The Killing kind} it, ce dernier couve difficilement un besoin irrépressible de se venger des femmes.

Curtis Harrington ne fait pas partie des incontournables du ciné de genre, bien qu'il ait abordé ce dernier à plusieurs reprises au cours d'une carrière s'étendant des années '50 aux années 2000. Celle-ci débute même plutôt sous les auspices de l'expérimental, avant que Curtis Harrington ne rejoigne l'écurie Corman pour quelques mini-budgets dont le producteur était coutumier. Ceux-ci le font remarquer des studios qui l'engagent pour réaliser LE DIABLE À TROIS (GAMES, 1966). S'ensuivront quelques films dont notre THE KILLING KIND de 1973. L'échec commercial de ce dernier obligera le réalisateur malchanceux à se replier sur des séries télé. En 1977, il revient cependant au grand écran avec RUBY, mais son producteur remonte le film et Harrington fait retirer son nom du générique pour le remplacer par l'infâmant pseudo d'Allan Smithee. Il tentera encore de revenir au grand écran en 1984 avec sa MATA-HARI incarnée par une Sylvia Krystel alors en pleine débâcle artistique et sentimentale. Nouvel échec. Causé par le triomphe des blockbusters, le chamboulement complet de la production, la réalisation, la distribution et l'exploitation du cinéma qui s'opère dans la seconde partie des années '80 coute leur carrière à nombre de petits maîtres et de second couteaux,{Photo 3 de The Killing kind} au rang desquels un Curtis Harrington qui doit donc raccrocher les gants. Il reviendra cependant pour un dernier baroud au début des années 2000 avec USHER, un moyen métrage adapté de Poe et produit sur fonds propres. Curtis Harrington décèdera en 2007.

THE KILLING KIND ne semble pas avoir bénéficié à l'époque d'une sortie salle en France (mais bien d'une édition ultérieure en vidéo). Aux Etats-Unis, son destin ne fut guère plus glorieux, la distribution ayant alors été confiée à une boite de publicité cherchant à prendre pied dans le milieu du cinéma, nouveau pour elle, et y échouant lamentablement. THE KILLING KIND fut donc confiné dans quelques Drive-in et vite oublié.

Et c'est bien dommage car Harrington se révèle un conteur des plus doués, maitrisant parfaitement les paramètres de son scénario. Sans éclats particuliers, la mise en scène s'efface donc au profit de l'intrigue et du jeu des acteurs qui composent ici brillamment une famille en déliquescence (un jeune et alors inconnu John Savage et l'actrice hollywoodienne sur le retour Ann Sothern). Jouant tant des ellipses que de la composition inspirée du duo Savage/Sothern, le réalisateur instille dès le départ une ambigüité qui nourrit le reste du film : Tina était-elle consentante ? Nous hésitons et ne pourrons nous départir de notre incertitude au fil de l'avancement du récit.Partant, la vengeance de Terry est-elle, si pas acceptable, du moins compréhensible ? Et aurait-il commis d'autres meurtres si le premier avait été évité ? Il y a un questionnement moral sous-jacent, et Harrington a l'intelligence de ne pas nous imposer une vision univoque présentée comme la vérité.

Le scénario procède par petites touches : les prénoms des 3 protagonistes à la base du drame : Terry, Thelma, Tina : tous en deux syllabes et débutant par un « t » ; le voyeurisme de Terry lors du viol, redoublé lorsqu'il épie Lori, lui-même étant surveillé par sa voisine ; Terry qui accuse sa mère de l'étouffer et tente lui-même de l'étrangler plus tard, Thelma qui le photographie jusque dans sa douche, le privant de l'intimité à laquelle peut prétendre un adulte. Cette dernière séquence souligne bien l'infantilisation de Terry, qui s'exprime explicitement dans une scène onirique le confinant dans un lit-cage renvoyant à la fois à la petite enfance ET à la prison, celle-ci ayant été vécue à la fois physiquement et psychologiquement. Le rêve se déroule au bord de la mer, élément féminin classique mais également renvoi au lieu du viol, sans compter la métaphore sexuelle du ressac. Pour enfoncer le clou, le seul autre personnage masculin de l'histoire, que Terry ne croise jamais, est le père de la voisine en handicapé moteur acariâtre.

Tout l'univers de Terry est en effet structuré par des femmes. On n'y voit quasi aucun homme. Tina est celle par qui tout éclate, et Terry est ensuite défendu par une avocate « incompétente » et condamné par une juge « bornée ». Il est entouré de petites vieilles à qui il doit rendre des services de plomberie pour le compte de sa mère. Aussi, quand Lori Davis l'aborde, ne peut-il répondre que par une pulsion meurtrière. Il ne saura heureusement pas la mener à terme, du moins provisoirement. La racine du mal remonte bien entendu à l'amour castrateur de Thelma. Cependant, la cause n'est pas l'excuse et ici aussi, Harrington nous laisse juger Terry. Il se contente de nous présenter et ses actes et son univers et il nous revient d'accorder les circonstances atténuantes en fonction de nos propres convictions et système moral.

C'est sans doute là l'intérêt du métrage : bien qu'il ne s'agisse en rien d'un « film de procès », genre en vogue aux USA, nous jugerons Terry sans pourtant disposer de tous les éléments ni pouvoir toujours réellement saisir ceux qui nous sont présentés...

Bref, un scénario ciselé servi par une mise en scène fonctionnelle et magnifié par le jeu des acteurs. THE KILLING KIND mérite sa redécouverte.

Retrouvez un avis alternatif sur The Killing kind.

Philippe Delvaux
11/09/2011
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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