The speak


ORIGINE
USA
The speak Affiche

ANNEE
2011
REALISATION

Anthony Pierce

INTERPRETES
Kristina Anapau
Tom Sizemore
Tina Casciani
Michael Klinger
Steven Nelson
Critique The speak
{Photo 1 de The speak} Une équipe de jeunes webdocumentaristes, drillée par un réalisateur bouffi d'orgueil, entend bien tourner l'épisode final de sa série dans ce vieil hôtel abandonné car considéré comme hanté, en dépit des mises en garde du concierge qui rechigne à leur en donner la clé. Même la medium engagée pour convoquer les esprits refuse tout d'abord de s'exécuter, pressentant une présence maléfique. Ses besoins financiers finiront par la faire céder et lui feront procèder au rituel de l'oraison (« The speak » en vo). Dès lors, l'hôtel et ses occupants sont transposés dans une dimension parallèle, laissant au démon toute latitude pour leur dire sa façon de penser.

Vous avez aimé [REC], ses plans séquences, sa caméra tremblotante portée par l'un des protagonistes, sa maison fermée sur elle-même renfermant des zombies, vous aimerez peut-être THE SPEAK, ses plans séquences, sa caméra tremblotante portée par l'un des protagonistes, sa maison fermée sur elle-même renfermant un démon !

Oui, il ne faut donc pas chercher bien loin la parenté de ce métrage, le triomphe d{Photo 2 de The speak} e [REC] (qui a, rappelons-le, connu un remake américain sous le titre QUARANTINE, lequel a déjà lui-même engendré une suite) entraine une vague d'épigones. On n'attendra donc rien d'original de THE SPEAK qui se contentera de vivre dans l'ombre de son modèle. Mais, si vous faites fi de ce (très gros) défaut, l'ensemble délivre un spectacle somme toute relativement réussi, même si parfaitement conventionnel.

Plus exactement, THE SPEAK tient la route grâce à un seul élément qui le détache du peloton des films d'horreur à petits budgets, à savoir celui d'avoir conservé de [REC] l'idée de longs plans séquences, obligeant donc à une parfaite gestion de l'espace, du jeu et des trucages. Le désordre de cette bande de jeunes courants dans tous les sens, parfaitement paniqués, est donc, lui, entièrement maitrisé. Le plan séquence n'est pas donné à tout le monde, reconnaissons donc au moins cela au réalisateur qui signe ici son entrée dans le monde des longs métrages. Un autre métrage présenté au BIFFF, l'Espagnol KIDNAPPED jouera d'ailleurs lui aussi de cette technique de manière encore plus poussée puisque tout le métrage est construit sur douze plans séquences. Et là aussi, il s'agit d'un premier essai de réalisation.

THE SPEAK a, lui, opté pour le faux enregistrement vidéo qui aurait été retrouvé après disparition des protagonistes ; la recréation d'un document censément brut, non dérushé et non monté. Dans cette même veine, le BIFFF 2011 présentait également THE TROLL HUNTER. Le genre du document retrouvé, qui a connu une première vague avec les films de cannibales à la CANNIBAL HOLOCAUST, retrouve ces dernières années un regain de popularité, dû à la généralisation des caméras (tout le monde peut filmer des images et celles-ci ne doivent désormais plus répondre à la grammaire cinématographique classique) et des modes de distribution générant l'anonymat (le grand mixeur d'Internet et de Youtube). Doyle, l'anti-héros prétentieux de l'histoire, est d'ailleurs un réalisateur de documentaire pour le web (et non plus pour la TV ou le cinéma comme il l'aurait été naguère). En outre, et on rejoint une fois encore le CANNIBAL HOLOCAUST fondateur, Doyle ne croit pas un instant au sujet qu'il tourne. Convaincu de se trouver dans une simple bâtisse abandonnée, il traite son sujet avec condescendance et mépris et entend bien truquer le film en postproduction. On retrouve donc bien ici la classique mise en abime du documenteur filmant ... un documenteur.

Le succès du genre pseudo documentaire au sein du cinéma d'horreur tient dans la difficulté qu'à l'horreur contemporaine à se réinventer. Les monstres classiques ou fantaisistes n'effraient plus et encore moins depuis que les effets spéciaux numériques permettent de créer n'importe quel monstre, leur enlevant dès lors leur pouvoir réaliste ; les clichés effrayants (portes qui claquent...), surexploités, finissent par faire rire une audience désormais dubitative. L'horreur a donc cherché un salutaire renouvellement dans le réalisme et l'ultra violence. Et quoi de plus réaliste qu'un document ? Quel meilleur gage d'authenticité que de montrer des images brutes, non travaillées (ou plutôt présentées comme tel). La peur découle alors de cette proximité entre ces images et celles que le spectateur lambda est capable d'enregistrer lui-même avec son téléphone, son caméscope... On peut croire à ces images car elles nous sont proches. Elles suscitent l'empathie. C'est tout l'art du cinéaste que de nous convaincre ainsi de son mensonge. Avec ce type de cinéma, des réalisateurs s'entêtent donc le plus professionnellement possible à recréer des images... de qualité amateur !

Pour le reste, comme on l'a dit, THE SPEAK ne décolle pas vraiment de la roue de son modèle ni de certains canons de la réalisation d'horreur (victimes jeunes, égo surdimensionné, caractérisation des personnages et des situations). On a parfois l'impression de se trouver dans le train fantômes de quelque foire foraine. On ne le conseillera donc qu'à ceux que ces réserves ne dérangent pas.

THE SPEAK a été présenté en mars 2011 au 29e Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF).

Retrouvez nos chroniques du BIFFF 2011.

Philippe Delvaux
26/04/2011
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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