The Visit


ORIGINE
Etats-Unis
The Visit Affiche

ANNEE
2015
REALISATION

M.Night Shyamalan

INTERPRETES
Olivia DeJonge
Ed Oxenbould
Deanna Dunagan
Peter McRobbie
AUTEUR DE L'ARTICLE: Stéphane Bex
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Critique The Visit
{Photo 1 de The Visit} L'histoire a d'abord des allures de conte de fées moderne et de comédie familiale : suite à une dispute, Loretta s'est dans le passé enfuie de la maison parentale. Devenue avec le temps mère de Tyler et Rebecca, et regrettant cet éloignement, elle propose à ses enfants et ses parents de se rencontrer le temps d'une semaine de vacances, dans une ferme en Pennsylvanie. Mais les retrouvailles s'avèrent plus étranges que prévu : papi John cache ses couches sales dans l'étable et enfile la nuit des costumes pour partir à des fêtes qui n'existent pas ; mamie Rebecca rit toute seule et gratte les murs au coucher du soleil. Bizarrerie excentrique ou premières manifestations d'une folie jusque là maintenue ?

Etonnante rencontre a priori que celle du genre found footage et de Shyamalan, le réalisateur des respectés SIXIEME SENS, INCASSABLE, SIGNES, LE VILLAGE et des moins estimés LA JEUNE FILLE DE L'EAU, PHENOMENES, LE DERNIER MAITRE DE L'AIR et AFTER EARTH. Comment un réalisateur donné sur le déclin, habitué à jouer avec les codes du blockbuster hollywoodien en les métamorphosant de l'intérieur, s'est-il retrouvé à tenter de ressusciter un genre donné depuis le dernier épisode de la saga Paranormal Activity comme moribond ou disparu ?

Peut-être faut-il regarder derrière cette convergence inattendue les signes d'une secrète coalition ; on a « enterré » le found footage comme on a creusé la tombe de Shyamalan{Photo 2 de The Visit} : un peu trop vite et sans délicatesse. Shyamalan, de plus, est un cinéaste des protocoles et de leur reconfiguration abstraite (par exemple le film de fantômes avec LE SIXIEME SENS, le conte merveilleux avec LA JEUNE FILLE DE L'EAU ou le film de science-fiction avec SIGNES) et le found footage, avec ses codes et ses contraintes s'affirme comme un terrain de jeu propice à celui qui est habitué à retourner les règles contre elles-mêmes. La spécularité et la mise en abyme habituelle au found footage (des filmeurs se filment en train de filmer) trouve également un écho dans les fictions élaborées par Shyamalan qui renvoient chaque fois implicitement aux enjeux du film lui-même : révolution du point de vue qui redéfinit la place du spectateur d'horreur dans LE SIXIEME SENS, remise en question du statut de super-héros dans INCASSABLE ou recherche d'une maîtrise et d'un équilibre nouveau dans LE DERNIER MAITRE DE L'AIR ou AFTER EARTH. Plus récemment, la série WAYWARD PINES produite par Shyamalan a confirmé le statut insulaire du réalisateur au sein d'Hollywood, déjà métaphorisé par l'isolement du VILLAGE : l'univers parallèle dans laquelle est projeté son héros, Ethan Burke (Matt Dillon), paradis et prison à la fois, anticipe de plus le retour aux sources ques constitue THE VISIT et les jeux de faux-semblants qui s'y trament.

Tout est histoire de fiction finalement chez Shyamalan : celles qu'on s'invente{Photo 3 de The Visit} et qu'on phantasme ; celles que l'on est condamné à jouer sous peine de mort comme les habitants de Wayward Pines, ou encore celles qui ont été écrites depuis longtemps et que l'homme peine à déchiffrer (SIGNES). Celle de THE VISIT relève de la première catégorie qui adopte une tournure clairement familiale : il y a d'abord la fiction, satirique, de Loretta qui laisse les enfants partir chez leurs grands-parents pour des retrouvailles censément chalereuses et, pendant ce temps, s'invente une nouvelle vie avec son fiancé le temps d'une croisière ; celle, plus inquiétante, des grands-parents qui épouse le modèle attendu mais en multiplie également les ratés. Celle des deux adolescents surtout, Tyler et Rebecca, qui rêvent de devenir des stars et font, en attendant, d'une caméra qu'ils ont emportée avec eux le confident de leur quotidien.

Il faut y rajouter encore celle que construit Rebecca qui veut reconstituer avec sa caméra les trous laissés dans la geste familiale : pourquoi sa mère a t-elle quitté le domicile familial ? Que dissimulent les bizarreries de sa grand-mère et son refus de répondre aux questions qu'on lui pose ? Qui dit famille dit secrets et qui dit found footage dit tentative de dévoiler ces secrets et les mettre au jour. La caméra intrusive joue ici le rôle de l'invité supplémentaire appelé à témoigner des retrouvailles intergénérationnelles et de la présence d'un tissu familial dont{Photo 4 de The Visit} on voudrait resserrer les fibres. Mais elle indique également que tout est trompe-l'oeil et mise en scène devant un objectif. « Ne touche pas la balançoire et laisse-la bouger pour qu'elle garde son mouvement organique » demande Rebecca à son frère, attentive à trouver la note de sentimentalité juste qui permettrait à son documentaire d'obtenir le succès qu'elle escompte. Cinéaste en herbe, Rebecca scénarise au fur et à mesure cette visite familiale et en anticipe le déroulement afin d'en tirer le maximum d'efficience cinématographique.

Là réside la grande habileté du film de Shyamalan : exhiber le dispositif pour mieux le mettre en péril. Et révéler la construction artificielle des images pour conduire le spectateur à reconnaître l'artifice du monde. Dans un univers de faux-semblant, tout événement se met en scène et les plus acteurs ne sont pas forcément ceux que l'on croit.

Si THE VISIT s'avère passionnant, c'est aussi parce qu'il appelle à plusieurs lectures et visionnages. Une première lecture du film, épousant le point de vue de Rebecca, consiste ainsi à se laisser porter par la fiction mise en scène par l'adolescente et les entorses faites à son déroulement idéalisé. Une seconde lecture, plus complexe, mais toujours reliée au point de vue de Rebecca, serait de considérer la construction du film à partir de sa fin, donc comme résultant d'un montage et montrerait la maîtrise de la réalisatrice choisissant de dramatiser fictionnellement son reportage et jouant d'une maladresse affectée. Une troisième lecture du film pourrait envisager le point de vue du dieu invisible manipulant ses personnages dans ces jeux de faux/vrai, soit Shyamalan lui-même, faisant de l'argument d'un faux documentaire une fiction démontant et mettant à nu les rouages de la machine cinématographique à produire l'angoisse.

Jamais didactique, Shyamalan se livre à l'exercice de la contrainte formelle avec l'habileté et la ruse qu'on a l'habitude de lui reconnaître, mais également avec une forme de fraîcheur et de légèreté qui se faisaient plus discrètes dans les dernières oeuvres de sa filmographie, écrasées par leur formatage de blockbuster. Le réalisateur serait-il revenu, par la force des choses, à des formes plus modestes ? THE VISIT permet peut-être de gommer un malentendu sur Shyamalan ramené trop vite aux twists spectaculaires de ses fictions : le réalisateur indien est d'abord celui d'un cinéma qui privilégie l'intime et l'encapsule au milieu de fictions spectaculaires sans en faire un objet de spectacle en soi à la manière d'un Spielberg. Il y a là une modestie et une humilité discrètes mais tenaces et assez rares à l'intérieur du monde hollywoodien. Il n'est plus qu'à espérer que le cinéaste fasse des émules et que le petit succès de THE VISIT engage d'autres réalisateurs à tenter eux aussi l'aventure de genres mineurs.

Stéphane Bex
29/03/2016
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