Tokyo Tribe


ORIGINE
Japon
Tokyo Tribe Affiche

ANNEE
2014
REALISATION

Sono Sion

INTERPRETES
Ryohei Suzuki
Young Dais
Nana Seino
Critique Tokyo Tribe
{Photo 1 de Tokyo Tribe} Dans un Tokyo futuriste, une immense guerre des gangs fait rage et divise la ville en divers clans qui, chacun, veulent imposer leurs règles. À la tête de deux bandes, deux anciens amis rivalisent et les rancœurs et sentiments personnels viennent se mêler aux affrontements des hommes dans un chaos toujours grandissant.

Après avoir longuement creusé sa thématique de la famille dysfonctionnelle (STRANGE CIRCUS, COLD FISH, LOVE EXPOSURE, GUILTY OF ROMANCE, HIMIZU) et abordé les conséquences de Fukushima (LAND OF HOPE), Sono Sion a allégé son cinéma. Un virage amorcé avec WHY DON'T YOU PLAY IN HELL et pleinement confirmé avec TOKYO TRIBE, présenté en présence de son réalisateur à l'Etrange festival 2014 et programmé à Offscreen 2015. Et sans doute cette voie sera-t-elle encore creusée à l'avenir : le prochain film de Sono Sion est un Kaiju Eiga (un film de monstre).

A l'origine, Tokyo Tribe est un manga paru en 1993. Une suite publiée sous le titre Tokyo Tribe 2 comptera 12 volumes (dont six furent édités en France par Glénat, avant interruption prématurée de la série). Une adaptation en anime a aussi été réalisée par les studios Madhouse. On a pu voir cette dernière à la tv française, puis en dvd chez Bee{Photo 2 de Tokyo Tribe} z. C'est donc le manga Tokyo Tribe 2 qui servira de matériau à Sono Sion. Depuis 2012, la série est relancée au Japon, sous le titre Tokyo Tribe 3.

TOKYO TRIBE est une œuvre de commande comme l'a confirmé Sono Sion : un producteur lui a offert d'adapter le manga de Santa Inoue. Sono Sion a avoué ne pas franchement connaitre le manga ni l'univers hip hop, ce qui, selon lui, lui a permis de se concentrer sur une transposition cinématographique, plutôt que de livrer un hommage appesanti à l'un ou à l'autre.

TOKYO TRIBE est un immense délire visuel, parsemé de fulgurances, organisé autour de plans séquence multipliant les difficultés. Il entend nous en mettre plein la vue, et plein les oreilles. Mais cependant, une fois le premier choc passé, quelques faiblesses se révèlent.

A l'exception de quelques acteurs confirmés, la majorité du casting est issue de la culture hip hop tokyoïte. Il s'agit donc d'amateurs... ce qui se ressent parfois dans le jeu, et - plus étonnamment - dans le flow des passages musicaux. C'est une des faiblesses du film. Par contre, ce sont ces mêmes acteurs-amateurs qui ont assuré leurs propres cascades.

Car le réalisateur a décidé de faire de TOKYO TRIBE un musical. La plus gran{Photo 3 de Tokyo Tribe} de partie du film est nimbée de beats hip hop, et de très nombreux passages laissent place à la scansion des rappeurs.

Le film est fun, c'est indéniable. Cependant, il n'est guère plus que ça. Il a juste vocation à distraire. Et s'il réussit cette mission, il ne peut cependant rivaliser avec les œuvres antérieures de Sono Sion, autrement plus fortes. C'est la seconde déception.

Cependant, un regard en arrière sur la filmographie de Sono Sion nous permet de comprendre pourquoi il a accepté ce projet : BAD FILM, son premier long métrage (longtemps invisible et exhumé un an plus tôt par l'Etrange festival) développait déjà une histoire de guerre de gangs.

L'intrigue de TOKYO TRIBE n'est guère complexe : les divers quartiers de Tokyo sont partagés entre des tribus de rappeurs qui, à l'instar des yakuzas, vont se battre pour prendre le contrôle de toute la ville. Par contre, les personnages foisonnent et on sent le travail de coupe à la serpe pour ramener à un film de deux heures un manga en 12 volumes. C'est une dernière faiblesse de TOKYO TRIBE : nombre de clans sont présentés... puis délaissés jusqu'au final, afin de réduire les péripéties à l'affrontement, cinématographiquement plus digeste, de deux{Photo 4 de Tokyo Tribe} d'entre eux. C'est certes, l'ossature du manga, mais il reste qu'on se pose la question de l'utilité d'introduire tous ces clans dès lors qu'ils sont abandonnés en chemin.

Soyons clairs, il ne s'agit pas vraiment d'un film hip hop. La street culture est passée par le filtre pop d'un manga. On se trouve en face d'un hip hop de convention, de bric, de broc et de toc, ce qui, entendons-nous, n'est pas une critique car nous sommes dans une comédie musicale, genre qui fonctionne sur les archétypes. Nous sommes donc bien dans un musical, mais coloré (qui a dit « tagué » ?) à la culture urbaine.

Le hip hop s'y mélange, avec bonheur, au film de bagarres de rue et de Kung Fu, un mélange qu'on a vu il y a deux ans dans L'HOMME AUX POINGS D'ACIER, la comédie d'action du rappeur RZA, produit par Tarantino, lequel devrait apprécier le présent délire. Si on cherche d'autres exemples d'infiltration de la culture hip hop, et sans remonter jusqu'au BREAKIN' qui lança jadis la firme Cannon, on citera, pour rester au Japon, les excellents OAV Samouraï Champloo.

La direction artistique est exubérante, avec ses multiples décors sur-travaillés et surchargés. La caméra est perpétuellement en mouvement et s'autorise de longs et complexes plans séquences. Le cadre est toujours rempli de nombreux protagonistes. On imagine sans peine le talent de direction nécessaire à animer de tels plans, surtout lorsque les mouvements sont chorégraphiés.

Bref, TOKYO TRIBE est un film généreux... mais parfois un peu trop. Il nous laisse le goût de ces gâteaux à multiples étages, débordant de crème fraiche, de décoration en sucre et de meringues. Bon, mais peu digeste.

TOKYO TRIBE plaira à ceux qui aiment les poses stylisées des adaptations de manga. Il s'inscrit dans cette lignée de films restituant la culture musicale de leur époque sous une bannière pop. Il parlera aussi à ceux qui sont restés scotchés devant le BILLYE JEAN de Michaël Jackson - c'est un peu le même genre d'iconographie des combats de clans. Il nous fera écarquiller les mirettes devant les décors, l'abondance des personnages, le travail de mise en scène... mais il ne nous touchera pas autant que les œuvres précédentes de Sono Sion.

Retrouvez nos chroniques de l'Etrange Festival 2014

Retrouvez nos chroniques d'Offscreen 2015

Philippe Delvaux
26/09/2014
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Sueurs Froides.fr > Critique > Asian Scans
AUTEUR DE L'ARTICLE: Philippe Delvaux
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