Un ange pour Satan

Un angelo per Satana


ORIGINE
Italie
Un ange pour Satan Affiche

ANNEE
1966
REALISATION

Camillo Mastrocinque

INTERPRETES
Barbara Steele
Anthony Steffen
Ursula Davis
Aldo Berti
Critique Un ange pour Satan
{Photo 1 de Un ange pour Satan} Spécialiste de la comédie italienne, réalisateur de nombreux films avec Toto, Carlo Mastrocinque a déjà tourné une bonne cinquantaine de films lorsqu'il signe UN ANGE POUR SATAN. Il s'agit alors de sa seconde incursion dans le genre fantastique après LA CRYPTE DU VAMPIRE (1964), une adaptation très libre de la nouvelle "Carmilla" de Sheridan Le Fanu avec Christopher Lee. Inédit jusqu' ici en France (à part de rares projections dans des festivals), UN ANGE POUR SATAN bénéficie de la présence de la reine incontestée du cinéma fantastique des années 60 (Barbara Steele) et fait partie, comme nous le verrons, des grandes réussites de l'épouvante à l'italienne dont il est aussi un des ultimes représentants.

Nous sommes en 1860 et suivons l'arrivée de Roberto Merigi (Anthony Steffen), un jeune sculpteur, dans un petit village perdu au bord d'un grand lac. Une statue datant de deux siècles ayant émergé, le jeune homme est sommé par le comte Salvoni de travailler à sa restauration. Dans le même temps arrive de Londres la nièce du comte, Harriet (Barbara Steele) dont le visage présente une forte ressemblance avec celui de la s{Photo 2 de Un ange pour Satan} tatue. Alors qu'une idylle commence à naître entre cette dernière et le sculpteur, la mort mystérieuse de deux pêcheurs fait resurgir de vieilles rancoeurs et superstitions chez les villageois persuadés que la statue a une influence maléfique. Petit à petit, la douce et timide Harriet se transforme sans explication en être cruel et violent ; son amant va tenter de comprendre cette série de phénomènes inexpliqués.

UN ANGE POUR SATAN est adapté d'une nouvelle de Luigi Emmanuele dont la source d'inspiration est de toute évidence celle de la littérature fantastique du XIXème siècle et plus particulièrement celle de nouvelles comme "La Vénus d'Ille" de Prosper Mérimée et "Le dernier des Valerii" de Henry James. Le film leur emprunte en effet l'idée qu'un artéfact surgi du passé puisse avoir une influence négative sur le présent au point de nuire moralement et physiquement aux personnages qui gravitent autour de lui. On retrouve également dans le film le thème de l'opposition entre logique et irrationnel qui va servir de structure à tout le récit et de catalyseur à toutes les actions. Comme dans les deux nouvelles citées,{Photo 3 de Un ange pour Satan} UN ANGE POUR SATAN prend le parti de laisser planer un doute quant aux événements surnaturels qui interviennent en questionnant plutôt la santé mentale des personnages (Harriet ne souffre-t-elle pas simplement d'un dédoublement de personnalité ?). Sous influence littéraire, le film opte pour un rythme narratif assez lent, avec des scènes contemplatives, ce qui permet en fait de renforcer son atmosphère particulière à mi-chemin entre logique et imaginaire, réalité et rêverie. Camillo Mastrocinque, aidé par son chef-opérateur Guiseppe Aquari, a aussi choisi de mettre en valeur le cadre extérieur de son film, se démarquant ainsi des films fantastiques de cette période presque tous filmés dans des intérieurs « gothiques ». L'utilisation du noir et blanc permet ici aux éléments naturels du décor (le lac, la brume, la campagne environnante...) de prendre une tonalité romantique, un mélange de mystère et de mélancolie ; les teintes automnales dominent, la grisaille et la froideur qui s'en dégagent finissent par donner au tableau un côté lugubre. De ce fait, et de manière assez efficace, les sentiments des personnages, leur un{Photo 4 de Un ange pour Satan} ivers mental empli de noirs tourments est en adéquation avec l'espace naturel dans lequel ils évoluent. La dimension gothique propre aux thèmes (la malédiction de la statue, l'apparition surnaturelle d'une défunte) tend progressivement à être minimisée au profit d'un fantastique romantique. De romantisme il est en effet aussi question dans tout le film à travers trois histoires différentes « d'amour fou » ; celle entre Harriet et Roberto bien sûr, celle entre le comte Salvoni et sa maîtresse Illa (qui joue un rôle clef dans le film...) et celle enfin qui lie le femme de chambre d'Harriet et Dario, le maître d'école. Pour deux couples sur les trois, la mort viendra mettre un terme à leur histoire... Ce romantisme teinté de macabre que l'on retrouve dans de nombreux films italiens des années 60 (LE CORPS ET LE FOUET de Mario Bava, DANSE MACABRE de Antonio Margheriti ...) se double d'une évocation assez audacieuse de perversions diverses. Possédée par l'esprit maléfique d'une femme décédée, Harriet pousse un homme à tuer, un autre à violer, tel autre à se pendre. Plus raffiné, elle se déshabille devant l'idiot du village, lui interdisant de la regarder et lorsque ce dernier désobéit, le fouette au visage avec délectation. Barbara Steele excelle dans ce double rôle, parvenant à passer d'un seul regard de ses immenses yeux noirs d'une femme fragile à une créature sadique. Cette scène culte où elle se dénude (hors cadre!) et martyrise un homme, illustre à elle seule la fascination que la « Dark Lady » continue d'exercer sur ses aficionados. Alors au faîte de sa gloire (UN ANGE POUR SATAN est son dernier film important) Barbara Steele a de toute évidence interprété cette scène en ayant pleinement conscience de son statut d'égérie sulfureuse du fantastique et s'est amusée de sa connotation fétichiste (« Enlève mes bottes ... » ordonne-t-elle à sa victime) et de son rapport entre exhibitionnisme et voyeurisme.

A l'instar d'un Giorgio Ferroni (LE MOULIN DES SUPPLICES) ou d'un Mario Caiano (LES AMANTS D'OUTRE TOMBE), Camillo Mastrocinque, honnête artisan sans génie, restera dans les mémoires pour un seul film ; classique dans sa forme et d'une grande richesse thématique, gageons que la réputation de UN ANGE POUR SATAN ne fera que s'accroître.

Alexandre Lecouffe
22/12/2009
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AUTEUR DE L'ARTICLE: Alexandre Lecouffe
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