Une Poupée gonflable dans le désert

Koya no datchi waifu


ORIGINE
Japon
Une Poupée gonflable dans le désert Affiche

ANNEE
1967
REALISATION

Atsushi Yamatoya

INTERPRETES
Noriko TATSUMI
Yuichi MINATO
Miki WATARI
Shohei YAMAMOTO
Seigi (Masayoshi) NOGAMI
AUTEUR DE L'ARTICLE: Clara Sebastiao
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Critique Une Poupée gonflable dans le désert
{Photo 1 de Une Poupée gonflable dans le désert} Il est des films qui nous surprennent dès leurs premières minutes, aussi bien par leur fond que par leur forme. C'est le cas ici de l'énigmatique UNE POUPEE GONFLABLE DANS LE DESERT. Définit comme étant un pinku eiga (forme de film érotique japonais), il se révèle être en réalité une sorte de patchwork expérimental. Jasper Sharp, auteur de Behind the pink curtain, considère cette œuvre comme l'une des plus excentriques du genre, tandis que John Zorn, saxophoniste de renom, la compare au statut de film culte d'EL TOPO pour son caractère hybride et décalé.

Son réalisateur, Atsushi Yamatoya, n'a à son actif que quatre long-métrages et est principalement reconnu pour ses talents de scénariste. On le retrouve derrière la plume de LA MARQUE DU TU{Photo 2 de Une Poupée gonflable dans le désert} EUR du célèbre Seijun Suzuki, ou encore à l'écriture du dernier film de Toshio Matsumoto, DOGRA MAGRA. C'est grâce à Koji Wakamatsu (QUAND L'EMBRYON PART BRACONNER, NAKED BULLET ...) qu'il réalise son premier film, SEASON OF BETRAYAL. Il s'inscrit alors dans ce que l'on nomme le groupe des huit. Un regroupement de huit passionnés de cinéma datant de 1966 et comprenant en son sein Seijun Suzuki (réalisateur), Takeo Kimura (directeur artistique), Yasuaki Hangai (acteur), Yozo Tanaka (scénariste), Chusei Sone (réalisateur), Yutaka Okada (producteur), et Seiichiro Yamaguchi (réalisateur).

Les sources d'inspiration d'Atsushi Yamatoya sont multiples. On peut relever, dans un premier temps, son engouement évident pour les romans hardboiled, notamment ceu{Photo 3 de Une Poupée gonflable dans le désert} x de Donald E. Westlake. Tueurs au sang-froid, policiers déchus et voyous peuplent son œuvre comme celle du cinéaste. On note aussi la réutilisation de la structure narrative de la nouvelle Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek d'Ambrose Bierce (nouvelle déjà adaptée en court-métrage par Robert Enrico sous le titre de LA RIVIERE DU HIBOU). La forme cryptique du rêve dans un rêve, et les jeux entre passé et présent lient ces deux œuvres littéraires au film de Yamatoya.

Cette volonté de déstructurer la narration vient également des théories cinématographiques de Toshio Matsumoto qui appelle à réinventer l'image filmée.

UNE POUPEE GONFLABLE DANS LE DESERT raconte l'histoire de Sho, détective à la gâchette facile, missionné par un a{Photo 4 de Une Poupée gonflable dans le désert} gent immobilier pour retrouver sa maîtresse disparue. Torturée par des yakuzas, assassinée lors du tournage d'un snuff movie ... Les pistes les plus folles se retrouvent entre les mains de Sho, qui découvre rapidement que la jeune femme est en réalité bien vivante. C'est alors que se met en place une relation passionnée entre le détective et la maîtresse.

Ce scénario, bien que simple et plutôt classique, nous apparaît sous la forme d'un long-métrage complexe, alambiqué et labyrinthique. La structure temporelle est complètement bouleversée par des changements de temporalité perpétuels et l'incrustation de la subjectivité de Sho dans la réalité. On ne fait plus la distinction entre le rêve et la vérité, et Sho s'enferme peu à peu dans sa propre psyché malade et tourmentée. Ces choix de réalisation audacieux font le sel de cette œuvre qui va bien au-delà du pink et rejoint l'avant-garde et l'underground japonais.

Se rajoute à cette mise en scène les compositions de Hisato Aikura, musicien free-jazz que le réalisateur rencontre au Shinjuku PIT INN.

Bien loin des codes classiques du pinku eiga, UNE POUPEE GONFLABLE DANS LE DESERT détruit la grammaire cinématographique traditionnelle et oscille entre thriller, film policier, et film érotique. On y croise des êtres de chair, des êtres de sang, des fausses et des vraies poupées, et des mannequins qui nous interrogent sur le rapport que l'on a au corps, et la manière dont celui-ci peut se faire objet, le tout sur un fond d'enquête mafieuse.

Clara Sebastiao
31/10/2020
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